Eteindre trois petits émetteurs avant de couper plus grand
L’Arcom a autorisé l’arrêt, le 24 novembre 2026, de trois petits émetteurs TNT situés dans le Cantal, la Savoie et l’Ardèche. Environ une centaine de foyers seraient directement concernés. Les chaînes financeront, selon les cas, la réorientation des antennes ou l’installation d’une réception par satellite.
L’expérience peut paraître anecdotique. Elle pose pourtant une vraie question : ce test à modèle réduit est-il pertinent pour mesurer l’impact d’une diminution plus large du réseau de la TNT ?
TNT : le test avant la coupure, la leçon oubliée par Radio France
La méthode a au moins une qualité. Elle permet de vérifier les conséquences réelles d’une extinction avant de la généraliser. Combien de foyers utilisent encore véritablement ces émetteurs ? Combien peuvent recevoir un autre signal ? Combien doivent passer au satellite ? Quel est le coût de cet accompagnement ? Et surtout, combien de téléspectateurs risquent de rester sans solution ?
Cette prudence vaut mieux qu’une décision prise uniquement à partir de cartes de couverture théoriques. Elle contraste aussi avec la méthode employée par Radio France. Le 22 juillet 2026, France Musique est passée d’environ 400 à 140 émetteurs FM, avec une couverture réduite de 93 à environ 70 % de la population. La bascule a été réalisée en une seule opération, en renvoyant les auditeurs concernés vers le DAB+ ou internet, même lorsque ces solutions n’offraient pas la même simplicité ni toujours la même couverture. L’Arcom avait autorisé cette réorganisation le 8 juillet 2026.
Dans ce contexte, l’expérimentation menée sur la TNT paraît plus raisonnable. Elle permet un accompagnement individualisé et peut faire apparaître les problèmes avant qu’ils ne concernent des milliers de personnes.
Cette réflexion dépasse cependant le cas de ces trois petits émetteurs. Le maintien de la TNT sous sa forme actuelle paraît de moins en moins probable au-delà du milieu des années 2030. L’Arcom étudie désormais explicitement plusieurs scénarios, allant d’un resserrement progressif du réseau à une éventuelle extinction à plus long terme. Aucune date d’arrêt n’est cependant décidée. La conférence mondiale des radiocommunications de 2031 constituera une échéance importante pour l’avenir des fréquences utilisées par la télévision terrestre. La consultation de l’Arcom évoque notamment la possibilité d’une offre TNT minimale et durable.
Même si la diffusion traditionnelle devait disparaître dans une dizaine d’années, un socle hertzien pourrait donc être conservé. Cette offre minimale, composée par exemple de chaînes publiques et d’un service d’information, permettrait de continuer à informer la population en cas de crise majeure, de catastrophe naturelle ou de cyberattaque affectant les réseaux internet et mobiles. La diffusion hertzienne reste gratuite, anonyme et indépendante des opérateurs de télécommunications. Elle constitue à ce titre un outil de souveraineté, même si les téléviseurs et les émetteurs ont eux-mêmes besoin d’électricité pour fonctionner.
Mais il ne faut pas faire dire à cette expérimentation davantage qu’elle ne pourra démontrer. Une centaine de foyers, sélectionnés autour de trois émetteurs très peu utilisés, ne constitue pas un échantillon représentatif du réseau national. Le test peut évaluer une procédure technique et administrative. Il ne permettra pas, à lui seul, de mesurer les effets sociaux, territoriaux ou démocratiques d’une réduction touchant plusieurs centaines d’émetteurs.
Pour être crédible, l’Arcom devra donc publier un bilan précis : nombre de foyers contactés, solutions retenues, coût par foyer, difficultés rencontrées, qualité de la réception après l’arrêt et éventuels téléspectateurs demeurés sans réponse satisfaisante. Toute extension devra ensuite faire l’objet d’une nouvelle évaluation et d’une concertation avec les collectivités concernées.
Cet essai est donc pertinent s’il sert réellement à apprendre et à préparer une transition progressive. Il le serait beaucoup moins s’il ne constituait qu’une répétition générale destinée à rendre acceptable une réduction du réseau déjà décidée.
Éteindre trois petits émetteurs pour observer ce qui se passe est plus sérieux que d’agir brutalement, comme Radio France l’a fait avec France Musique. Mais équiper correctement une centaine de foyers ne suffira pas à démontrer que l’on peut réduire massivement la TNT sans créer de nouvelles zones blanches. Et si la TNT doit un jour s’effacer, encore faudra-t-il préserver un réseau minimal capable d’informer tous les Français lorsque les autres moyens de communication ne fonctionnent plus.
À lire aussi sur SatMag : undefined
