Quand une personnalité des médias disparaît, on comprend souvent l’importance qu’elle avait prise dans le cœur des gens au nombre de réactions qui surgissent presque immédiatement sur les réseaux sociaux.
Sur notre page Facebook Passion RTL, c’est exactement ce qui se passe depuis l’annonce, ce lundi matin vers 9 heures, de la mort de Philippe Bouvard. Les compteurs s’affolent, les commentaires se multiplient, les souvenirs remontent.
Disparition de Philippe Bouvard, soixante ans d’histoire de France, de RTL et de télévision
Il faut dire que Philippe Bouvard était présent dans la vie des Français, en tout cas de ceux qui ne sont plus tout à fait jeunes, depuis tellement longtemps qu’il semblait presque avoir toujours été là.
Et pour beaucoup, cette présence avait un nom : RTL.
Philippe Bouvard rejoint Radio-Luxembourg au milieu des années 1960, quelques mois avant que la station ne devienne RTL. Après différents rendez-vous, il prend notamment les commandes de RTL Non Stop, puis du journal de 13 heures.
Mais tout bascule le 1er avril 1977 avec la naissance des Grosses Têtes.
Au départ, quelques personnalités réunies autour d’une table pour répondre à des questions. Très vite, Bouvard transforme le programme en quelque chose de beaucoup plus grand : une bande, une ambiance, des colles envoyées par les auditeurs, de la culture générale, de la mauvaise foi, des éclats de rire, des engueulades, de la grivoiserie et surtout des personnages que le public finit par connaître comme s’ils faisaient partie de la famille.
Jean Yanne, Jacques Martin, Jean Dutourd, Sim, Léon Zitrone, Philippe Castelli, Olivier de Kersauson, Claude Sarraute, Isabelle Mergault, Pierre Bénichou et tant d’autres passent autour de cette table.
Pendant des décennies, Les Grosses Têtes deviennent l’une des signatures de RTL et Bouvard l’une des voix les plus immédiatement reconnaissables de France.
La preuve de cette relation particulière avec le public arrive en 2000. RTL veut rajeunir l’émission et le remplace par Christophe Dechavanne. L’expérience tourne court. Les auditeurs décrochent et, quelques mois plus tard, Bouvard revient.
Il restera à la tête des Grosses Têtes jusqu’en 2014, lorsque Laurent Ruquier lui succède. Mais Bouvard ne quitte pas pour autant RTL. Il continue avec Allô Bouvard, puis différentes chroniques et émissions de souvenirs. Au total, son histoire avec la station aura duré près de soixante ans.
Peu de personnalités peuvent revendiquer une telle longévité dans une même maison.
Mais Philippe Bouvard, ce n’était pas seulement RTL.
Il était d’abord un homme de presse. Entré au Figaro au début des années 1950, il devient rapidement journaliste, chroniqueur et interviewer, avant de rejoindre notamment France-Soir. Il écrira toute sa vie et publiera également de nombreux livres.
Et puis il y a la télévision.
Dès les années 1970, il devient un visage familier du petit écran avec Samedi soir, sur la deuxième chaîne de l’ORTF.
Mais son autre grande création arrive en 1982 avec Le Théâtre de Bouvard sur Antenne 2.
Le principe est simple : offrir quelques minutes à de jeunes humoristes encore inconnus. L’émission devient une formidable pépinière. On y découvre ou on y voit grandir Muriel Robin, Mimie Mathy, Michèle Bernier, Smaïn, Chevallier et Laspalès, Didier Bourdon ou Bernard Campan.
Autrement dit, Bouvard n’a pas seulement occupé l’écran. Il a aussi contribué à lancer une partie de ceux qui allaient faire rire les Français pendant les décennies suivantes.
Et puis, avec l’âge, il avait commencé à dévoiler davantage une partie beaucoup plus personnelle de son histoire.
Sa mère, Andrée Gensburger, était issue d’une famille juive alsacienne. Son père adoptif, Jules Luzzato, était lui aussi juif et petit-fils de rabbin. Enfant pendant l’Occupation, Philippe Bouvard avait connu la peur, les changements de domicile et la nécessité de cacher ses origines. Une partie de sa famille fut déportée.
Il avait longtemps relativement peu parlé de cette dimension de sa vie avant de l’évoquer plus ouvertement au fil des années. Il en avait notamment parlé en 2022 au micro de Frédéric Zeitoun sur Radio J, dans Les chansons de ma vie.
Cette part de judéité assumée ne faisait pourtant pas de lui un homme religieux.
Bouvard se disait agnostique, parfois mécréant, et conservait ce vieux tempérament volontiers bouffeur de curés. Il pouvait revendiquer son histoire familiale, être profondément marqué par ce que les siens avaient vécu pendant la guerre, tout en gardant une distance totale vis-à-vis de la religion.
Une contradiction seulement en apparence.
Car Philippe Bouvard aura passé sa vie à ne pas entrer complètement dans les cases.
Journaliste de presse, homme de radio, animateur de télévision, découvreur de talents, écrivain, interviewer, provocateur aussi.
Et surtout témoin de plusieurs époques.
Il avait connu la France de l’Occupation, celle des grands quotidiens populaires, celle de l’ORTF, celle où toute une famille regardait la même télévision, celle du transistor puis de l’autoradio, et enfin celle des réseaux sociaux.
Ces mêmes réseaux sociaux qui, quelques minutes après l’annonce de sa disparition, se sont remplis de souvenirs.
Sur Passion RTL, les réactions disent finalement quelque chose que les chiffres d’audience ne peuvent plus mesurer.
Pendant près de soixante ans, Philippe Bouvard n’a pas seulement été une voix de RTL ou un visage de télévision.
Il a accompagné la vie des gens.
Et avec sa disparition, c’est un morceau de l’histoire de RTL, de la télévision française et, d’une certaine manière, de notre histoire collective qui s’en va.
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