La presse annonce le retrait des Pays Bas qui ne diffuserait plus le concours de l’Eurovision.
Minute papillon ! c’est un raccourci un peu, beaucoup, trop rapide. Entre boycott, recul d’audience et crise politique, le concours européen s’enfonce dans la controverse.
Eurovision : les Pays-Bas se retirent… ou pas !
Il y a des communiqués d’août qu’on lit d’un œil. Celui-là mérite mieux.
Lundi matin, le diffuseur public néerlandais AVROTROS a annoncé qu’il ne participerait pas à l’Eurovision 2027. Il estime que le concours ne peut plus être considéré comme neutre et qu’il est devenu, selon son directeur général Taco Zimmerman, « une plateforme de division ». En cause notamment : la guerre à Gaza, la participation d’Israël et l’absence, selon AVROTROS, de critères suffisamment clairs de la part de l’UER.
Très vite, une grande partie de la presse a titré : « les Pays-Bas se retirent de l’Eurovision ».
C’est un peu plus compliqué.
Aux Pays-Bas, le service public audiovisuel repose sur plusieurs diffuseurs coordonnés par la NPO. Et l’Eurovision a déjà changé plusieurs fois de mains : NTS jusqu’en 1969, NOS jusqu’en 2009, TROS de 2010 à 2013, puis AVROTROS à partir de 2014.
Autrement dit, AVROTROS ne retire pas juridiquement les Pays-Bas du concours. Il rend la décision à la NPO, qui pourrait théoriquement confier la participation à un autre diffuseur. L’UER dit d’ailleurs poursuivre le dialogue avec la NPO.
Omroep MAX avait évoqué cette possibilité avant de la juger difficile, faute de moyens et d’expertise. Mais son directeur Jan Slagter n’a pas totalement fermé la porte et attend désormais la décision de la NPO.
Donc, à ce stade : AVROTROS quitte l’Eurovision. Les Pays-Bas, pas forcément.
Reste la question du coût de cette crise.
Pour l’édition 2026 à Vienne, l’UER annonce 131 millions de téléspectateurs dans 35 marchés, contre 166 millions dans 37 marchés un an plus tôt à Bâle. La comparaison brute doit donc être maniée avec prudence, mais la part d’audience de la finale baisse elle aussi : 42,6 %, contre 47,7 % en 2025.
Dans plusieurs grands pays, le recul est net : environ 3,8 millions de téléspectateurs de moins en Pologne, 3,7 millions au Royaume-Uni et 3,3 millions en France.
L’UER préfère mettre en avant la progression numérique, les jeunes publics et les centaines de millions de vues sur les réseaux sociaux. Ce n’est pas faux. Mais cela n’efface pas le fait que plusieurs diffuseurs publics européens ont choisi de ne plus participer.
C’est là que le problème devient politique.
L’Eurovision rappelle régulièrement qu’il ne s’agit pas d’une compétition entre États, mais entre diffuseurs. Juridiquement, c’est exact. Mais lorsque plusieurs diffuseurs boycottent le concours en raison de la participation d’Israël, la frontière devient de plus en plus difficile à tenir.
L’UER a d’ailleurs modifié son règlement le 12 août : en cas de conflit armé ou de situation géopolitique compromettant la sécurité, le pays vainqueur pourra perdre le droit d’organiser l’édition suivante. Mais cette règle concerne l’organisation du concours, pas la participation.
Même aux Pays-Bas, le boycott ne fait pas l’unanimité. Cornald Maas, commentateur historique du concours, estime qu’un diffuseur ou un artiste ne devrait pas être tenu responsable de la politique de son gouvernement et qu’un boycott ne résout aucun conflit.
Rendez-vous à Burgas, en Bulgarie, les 11, 13 et 15 mai 2027.
Avec AVROTROS, non.
Avec les Pays-Bas, ce n’est pas encore certain.
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