Plus d’un Australien sur deux consomme désormais des podcasts chaque mois. L’information arrive largement en tête des genres mesurés, devant les sujets de société et le sport. Pourtant, la radio reste extrêmement puissante : 77 % de la population l’écoute encore chaque semaine. Un cas intéressant dans un pays immense où FM, DAB+, streaming et podcast cohabitent plutôt qu’ils ne se remplacent.
Le podcast a définitivement quitté la niche en Australie. Selon The Infinite Dial Australia 2026, réalisé par Edison Research, 55 % des Australiens âgés de 10 ans et plus ont écouté ou regardé un podcast au cours du dernier mois, contre 52 % en 2025. Sur une semaine, ils sont désormais 45 %.
Australie : le podcast devient un média de masse, mais la radio tient bon
La précision est importante : depuis 2025, Edison comptabilise également la consommation de podcasts en vidéo. Le podcast ne se limite donc plus à une écoute sur Spotify ou Apple Podcasts. Une émission regardée sur YouTube entre également dans la mesure.
L’information devant le divertissement
L’autre enseignement vient de l’Australian Podcast Ranker, établi par Triton Digital pour Commercial Radio & Audio.
En juillet 2026, la catégorie News arrive largement en tête avec 4,51 millions d’auditeurs mensuels. Elle devance Society & Culture, avec 3,83 millions, puis le sport, à 3,46 millions. Le true crime atteint 2,55 millions et la comédie 2,51 millions.
Ce classement n’est pas un accident d’un seul mois. En juin déjà, l’information occupait la première place avec 4,67 millions d’auditeurs, devant Society & Culture à 3,78 millions et le sport à 3,28 millions.
Il ne faut toutefois pas confondre ces chiffres avec l’audience d’un programme particulier. Les 4,51 millions correspondent à l’ensemble des podcasts d’information mesurés dans cette catégorie, avec déduplication des auditeurs, et non à un podcast réunissant à lui seul quatre millions et demi de personnes.
Le contraste est spectaculaire avec les programmes individuels. En juillet, Mamamia Out Loud arrive en tête avec environ 951 000 auditeurs mensuels, devant Hamish & Andy, environ 879 000. Le premier programme d’information, ABC News Top Stories, atteint environ 469 000 auditeurs.
Le marché du podcast australien est donc puissant mais très éclaté. Et les thèmes permettent aussi de toucher des publics particulièrement identifiables. Triton relevait par exemple que 81 % de l’audience des podcasts sportifs était masculine. Cette segmentation constitue évidemment un atout majeur pour les annonceurs.
Il faut néanmoins rappeler que l’Australian Podcast Ranker mesure les éditeurs participant au dispositif Triton. Il couvre de très grands acteurs comme ABC, SBS, BBC, News Corp, Nine, The Guardian, le New York Times ou ARN/iHeart, mais il ne constitue pas un recensement de l’intégralité des podcasts consommés dans le pays.
La radio reste à 77 %
Cette progression spectaculaire du podcast pourrait annoncer un effondrement parallèle de la radio. Ce n’est pas le cas.
Selon Edison Research, 77 % des Australiens écoutent encore la radio chaque semaine, en AM, FM ou DAB+, sur un récepteur traditionnel ou en streaming.
Le recul existe, mais il reste relativement lent. La radio touchait 85 % de la population chaque semaine en 2017, 88 % en 2018, 83 % en 2019, 81 % en 2020, puis 79 % entre 2021 et 2023. Elle était remontée à 81 % en 2024 avant de redescendre à 78 % en 2025 et 77 % en 2026.
En neuf ans, la radio a donc perdu huit points par rapport à 2017. Elle reste pourtant un média utilisé chaque semaine par plus de trois Australiens sur quatre.
Et pour comparer correctement les deux univers, il faut utiliser la même période : 77 % pour la radio sur une semaine, contre 45 % pour le podcast sur une semaine. Le chiffre de 55 % du podcast porte, lui, sur un mois.
Le DAB+ depuis 2009, sans disparition de l’analogique
L’Australie constitue également un cas intéressant pour le DAB+. Le pays l’a officiellement lancé le 6 août 2009, d’abord dans les cinq grandes métropoles de Sydney, Melbourne, Brisbane, Adelaide et Perth.
Dix-sept ans plus tard, le numérique terrestre est solidement installé, mais il n’a pas fait disparaître la radio analogique.
La dernière ventilation publique détaillée disponible, portant sur les grands marchés métropolitains à la fin de 2022, attribuait environ 61 % du temps d’écoute radio à l’AM/FM, contre 20 % au DAB+ et 18 % au streaming. Ces données ne permettent malheureusement pas d’isoler la FM de l’AM.
Il serait donc abusif de les présenter comme des chiffres 2026. Mais elles montrent qu’après plus de treize années de DAB+, la réception analogique restait encore largement majoritaire.
Un pays plus proche des États-Unis que de la France
La géographie australienne compte beaucoup dans cette histoire.
Sur ce point, l’Australie présente davantage de similitudes avec les États-Unis qu’avec la France : territoire immense, organisation fédérale, grandes distances et population fortement concentrée dans quelques grands bassins urbains, principalement proches des côtes.
Sydney, Melbourne, Brisbane, Perth ou Adelaide constituent des marchés importants mais séparés parfois par des milliers de kilomètres. Chaque État possède par ailleurs ses particularités politiques, économiques et culturelles.
Cette configuration aide à comprendre le développement du DAB+. Il est relativement rationnel de couvrir en numérique terrestre les grandes métropoles où vit une grande partie de la population. Couvrir de la même façon toutes les immensités de l’intérieur australien est beaucoup plus difficile et beaucoup plus coûteux. Dans certaines régions, l’AM conserve même un intérêt particulier en raison de sa portée.
La situation française est très différente. La France métropolitaine est beaucoup plus compacte et beaucoup plus densément peuplée. Sa population est répartie sur un maillage serré de métropoles, de villes moyennes, de petites villes et d’axes routiers. Et contrairement à l’Australie ou aux États-Unis, elle n’est pas une fédération : la planification des fréquences et le déploiement du DAB+ s’inscrivent dans un cadre national sous le contrôle de l’Arcom.
On ne peut donc pas transposer directement l’expérience australienne à la France.
Elle fournit néanmoins un enseignement intéressant : les nouveaux modes de consommation ne remplacent pas nécessairement les précédents.
En Australie, le podcast explose, YouTube transforme même sa définition, le streaming radio progresse et le DAB+ existe depuis dix-sept ans. Pourtant, l’AM et la FM n’ont pas disparu et la radio continue de toucher 77 % de la population chaque semaine.
Le paysage audio australien ressemble donc moins à une succession de technologies qu’à leur empilement. Le podcast devient un média de masse, particulièrement puissant sur l’information, mais il vient pour l’instant s’ajouter à la radio beaucoup plus qu’il ne la remplace.
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