Le Luxembourg n’entend pas abandonner la FM au profit du DAB+. Interrogé sur la capacité de la radio numérique à fonctionner en situation de crise, le gouvernement vient de rappeler que le DAB+ est conçu comme un complément à la FM, et non comme son remplacement.
À première vue, voilà une position qui semble très différente de celle de la France, engagée dans une migration vers la radio numérique. En réalité, l’écart est moins important qu’il n’y paraît.
France-Luxembourg : FM et DAB+, le mariage contraint qui pourrait durer
D’abord parce que le DAB+ est tout neuf au Luxembourg. Le premier multiplex national, exploité par Broadcasting Center Europe, n’a été officiellement lancé que le 1er décembre 2025, avec douze services sélectionnés. Le gouvernement prévoyait alors de parachever le réseau en juin 2026. Or, dans sa réponse parlementaire d’août, il indique encore que le déploiement n’est pas totalement achevé et qu’il n’existe pas de carte définitive de couverture.
Autrement dit, affirmer aujourd’hui que le DAB+ ne remplace pas la FM relève aussi du calendrier : le Luxembourg commence à peine sa transition numérique.
La France est beaucoup plus avancée. À la fin de 2025, l’Arcom indiquait que le DAB+ approchait 66 % de couverture de la population en réception à l’intérieur des bâtiments. Près de 18 000 communes et environ 9 500 kilomètres d’autoroutes étaient desservis. Le numérique terrestre n’est donc plus expérimental.
Pour autant, la France n’a pas davantage fixé de date ferme pour l’arrêt de la FM.
L’Arcom a proposé 2033 comme « date cible » pour une bascule vers une radio entièrement numérique. Mais Hervé Godechot, qui avait présenté le Livre blanc du régulateur, avait été très clair : ce n’est pas un couperet. Si l’extinction de la FM paraît à terme indispensable, il reste prématuré d’en fixer précisément la date. Parmi les conditions envisagées figure notamment un taux d’équipement en récepteurs numériques d’au moins 70 %.
Autre convergence entre Paris et Luxembourg : la FM reste considérée comme particulièrement précieuse en cas de crise.
Radio France vient encore de le démontrer. Depuis juillet 2026, le groupe public a réorganisé son réseau FM pour renforcer franceinfo, passée de 80 à 93 % de couverture de la population en FM, et ICI, passée de 88 à 90 %. Radio France le dit explicitement : « la FM demeure le mode de diffusion privilégié des pouvoirs publics en cas de crise ».
En revanche, il ne s’agit pas simplement d’un jeu de chaises musicales entre fréquences. Le parc FM de Radio France a bien été réduit de 12 %, avec un objectif de 3,9 millions d’euros d’économies annuelles. Mouv’ abandonne notamment 31 fréquences FM et France Musique perd la FM dans certaines zones, tandis qu’une partie des fréquences est réaffectée à franceinfo et ICI.
C’est là que se situe probablement la véritable différence entre les deux pays.
Le Luxembourg peut plus facilement conserver longtemps deux réseaux parallèles. Avec seulement 2 586 km², maintenir simultanément FM et DAB+ représente un effort sans commune mesure avec celui nécessaire pour couvrir les plus de 540 000 km² de la France métropolitaine.
En France, le coût de la double diffusion devient justement l’un des arguments en faveur d’une extinction future de la FM. Tant que les auditeurs restent nombreux à utiliser l’analogique, il faut pourtant entretenir les deux infrastructures. Plus cette période se prolonge, plus la transition coûte cher aux radios.
Le Luxembourg ne démontre donc pas que la France fait fausse route. Sa situation est simplement différente : petit territoire, DAB+ lancé depuis moins d’un an et possibilité financière de faire cohabiter plus facilement les deux technologies.
Mais l’expérience luxembourgeoise rappelle tout de même une chose : la disparition de la FM n’est ni automatique ni urgente. Même en France, ceux qui préparent l’après-FM reconnaissent qu’il faudra attendre que le DAB+ soit suffisamment couvert, que les Français soient équipés et que la sécurité des communications soit garantie avant de pouvoir réellement tourner le bouton.
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