Sous couvert de lutte contre « l’influence étrangère », le Parlement iranien prépare un nouveau durcissement du contrôle des journalistes et de leurs relations avec les médias étrangers. Un dispositif qui s’ajoute à un arsenal déjà très répressif, alors même que la télévision d’État échappe largement au contrôle des institutions civiles.
L’Iran était déjà l’un des pays les plus répressifs au monde pour les journalistes. Il pourrait encore durcir son dispositif.
Iran : la dictature étouffe les dernières voix libres
Le 16 août, le Parlement iranien a approuvé, par 183 voix, les grandes lignes d’un projet de loi destiné à combattre « l’influence étrangère ». Attention cependant : le texte n’est pas encore définitivement adopté. Ses différents articles restent à examiner et peuvent encore être modifiés.
Dans sa version actuellement connue, le projet prévoit notamment de sanctionner les entretiens avec des médias américains, israéliens ou financés par eux. Certaines infractions seraient passibles de six mois à deux ans de prison.
Pour les autres médias étrangers, les relations des journalistes devraient au minimum être enregistrées auprès du ministère du Renseignement. Certaines versions du projet évoquent également une autorisation préalable. Le dispositif définitif reste donc à préciser.
Mais le texte va beaucoup plus loin. Certaines activités politiques ou législatives menées sous la direction supposée de services de renseignement étrangers pourraient être punies de peines allant jusqu’à trente ans de prison, devant les tribunaux révolutionnaires.
Azad réduit au silence
Le durcissement n’est pas seulement législatif.
La plateforme Azad, qui organisait sur Internet des débats politiques faisant intervenir des personnalités iraniennes et des opposants installés à l’étranger, a été interdite de publier de nouvelles interviews jusqu’à nouvel ordre.
Son responsable, Mehdi Ahmadi, convoqué par la justice pour « publication de fausses informations », a été libéré sous caution.
La pression économique accompagne la répression politique. L’Association des journalistes de la province de Téhéran estime que plus de 100 journalistes ont perdu leur emploi à Téhéran au cours de l’année écoulée, dans un secteur frappé à la fois par la crise économique, les restrictions d’Internet et la chute des recettes publicitaires.
Quinze ans de prison pour une photojournaliste
Le cas de Yalda Moaiery montre surtout que l’arsenal répressif existe déjà.
La photojournaliste iranienne a été condamnée en première instance à quinze ans de prison, notamment pour avoir accordé des entretiens à des médias considérés comme hostiles et transmis des photographies à des organisations liées, selon les autorités, aux États-Unis ou à Israël.
Elle conteste cette condamnation.
L’Iran occupe désormais la 177e place sur 180 pays dans le classement 2026 de Reporters sans frontières sur la liberté de la presse.
Même le président peut être censuré
Il reste enfin une particularité essentielle du système iranien : la télévision d’État, l’IRIB, ne représente pas nécessairement la ligne du gouvernement.
Elle est contrôlée par une direction nommée par le Guide suprême et apparaît aujourd’hui comme l’un des bastions du courant le plus conservateur du régime.
L’IRIB a ainsi été accusée d’avoir censuré des déclarations du président Masoud Pezeshkian, du ministre des Affaires étrangères Abbas Araghchi mais également du président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.
Plus significatif encore : son propre Conseil de surveillance lui a demandé de mettre fin à ces pratiques. La télévision d’État a largement ignoré cette injonction.
Cela montre que le conflit autour de l’information iranienne ne se résume plus à un affrontement entre le régime et ses opposants.
Il traverse désormais le régime lui-même.
D’un côté, un président et certains responsables qui défendent encore la possibilité de négocier avec l’Occident. De l’autre, des courants beaucoup plus radicaux qui disposent avec la télévision d’État d’un puissant instrument politique.
Pendant ce temps, l’espace laissé aux médias indépendants continue de se réduire.
Comparer l’Iran à la Corée du Nord, comme l’a fait un expert iranien cité par Radio Farda, reste une formule polémique qui doit être attribuée. Mais la direction prise est claire : les autorités cherchent à rendre de plus en plus difficile l’existence d’une information qui ne soit ni celle de l’État ni celle des médias d’opposition installés à l’étranger.
Et il faut rappeler ce que ce nouveau verrouillage de l’information risque aussi de faire oublier. Au début de l’année 2026, les forces de sécurité iraniennes ont massacré des milliers de manifestants et de passants, principalement les 8 et 9 janvier.
Même Amnesty International parle d’homicides illégaux de masse d’une ampleur sans précédent.
Le nombre exact de victimes reste impossible à établir en raison notamment de la coupure d’Internet : les estimations indépendantes dépassent les 5 000 morts et certaines sources médicales ont évoqué jusqu’à 50 000 victimes.
Un massacre considérable, survenu il y a seulement quelques mois, et que l’actualité internationale semble déjà parfois avoir relégué au second plan
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