En février dernier, la police israélienne avait cessé de s’abonner à Haaretz en expliquant que ses lecteurs réclamaient d’autres journaux. Six mois plus tard, le quotidien affirme que cette justification ne correspondait pas à la réalité. Derrière cette affaire apparemment secondaire se dessine un conflit beaucoup plus large : celui du boycott d’un média critique par plusieurs institutions de l’État, malgré l’opposition de la procureure générale.
Le 17 février 2026, Haaretz révélait que la police israélienne avait mis fin à tous ses abonnements au quotidien.
Israël : le boycott de Haaretz embarrasse désormais la police
À l’époque, la justification paraissait presque anodine : la décision aurait été prise « conformément aux demandes des lecteurs », autrement dit des policiers qui auraient préféré disposer d’autres journaux.
Six mois plus tard, cette explication revient embarrasser la police.
Dans un article publié ce 22 août, Haaretz affirme que la police reconnaît désormais que la raison avancée en février ne correspondait pas à la réalité. Le journal va plus loin dans son titre et estime qu’elle « admet avoir menti ».
Cette formulation doit toutefois être attribuée à Haaretz. En français, parler de mensonge suppose de pouvoir établir une volonté consciente de tromper. Ce qui peut être retenu à ce stade est plus précis : selon le quotidien, la justification donnée en février est désormais contredite par les éléments fournis par la police elle-même.
Mais l’affaire prend une tout autre dimension lorsqu’on la replace dans son contexte.
Depuis novembre 2024, le gouvernement israélien mène ouvertement une politique de boycott de Haaretz. Le cabinet avait alors approuvé à l’unanimité une proposition du ministre des Communications Shlomo Karhi demandant aux ministères, administrations et entreprises publiques de cesser leurs relations avec le journal.
Il ne s’agissait donc pas seulement d’arrêter quelques abonnements ou campagnes publicitaires. Les organismes dépendant de l’État étaient également invités à ne plus communiquer avec le quotidien.
Le gouvernement a d’ailleurs assumé le caractère politique de ce conflit. En janvier 2026, dans un mémoire adressé à la Haute Cour, il accusait Haaretz de « soutenir l’ennemi en temps de guerre ».
Une qualification particulièrement lourde lorsqu’elle émane de l’État contre un média israélien.
La procureure générale Gali Baharav-Miara a pourtant contesté cette politique. Le 28 janvier, elle a demandé à la Haute Cour d’annuler les mesures gouvernementales, estimant qu’elles étaient illégales et qu’elles menaçaient la liberté de la presse.
Cela n’a pas empêché plusieurs institutions de les appliquer.
La police a supprimé ses abonnements quelques semaines plus tard. L’armée israélienne a également cessé les siens. Début juin, le ministre de la Défense Israel Katz a même refusé de transmettre à la procureure générale les informations qu’elle réclamait sur l’application du boycott au sein de Tsahal.
La décision de la police apparaît donc sous un jour différent.
Si ses abonnements avaient simplement été supprimés parce que les policiers ne lisaient plus Haaretz, l’affaire serait presque anecdotique. Mais si cette justification était fausse, la question devient autrement plus politique : la police a-t-elle présenté comme une décision administrative ce qui relevait en réalité du boycott décidé par le gouvernement ?
C’est désormais le véritable enjeu.
À un peu plus de neuf semaines des élections législatives du 27 octobre, l’affaire touche aussi directement Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale et responsable politique de la police. Celui-ci entretient depuis longtemps un conflit ouvert avec Haaretz et avait notamment déclaré qu’un policier critiqué par le journal pouvait, à ses yeux, mériter une promotion.
Une plaisanterie peut-être. Mais dans ce contexte, la disparition des abonnements de la police l’est beaucoup moins.
La Haute Cour devra désormais trancher le fond du dossier : jusqu’où un gouvernement peut-il aller pour couper les relations de l’État avec un média en raison de sa ligne éditoriale ?
Quant à la police, une question plus simple demeure : si ce n’était pas vraiment la demande des lecteurs, pourquoi avoir affirmé que ça l’était ?
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