La Cour suprême israélienne a annulé la fermeture de Galei Tsahal, estimant que la décision du gouvernement reposait sur des considérations politiques illégitimes. Au-delà du sort de la radio militaire, le jugement fixe une limite claire à l’intervention du pouvoir dans les médias publics.
La Cour suprême israélienne a annulé, jeudi 20 août, la décision du gouvernement de fermer Galei Tsahal, la radio de l’armée. Les trois juges saisis du dossier ont statué à l’unanimité. Leur décision ne rend pourtant pas la station intouchable : le gouvernement conserve la possibilité de décider de son avenir. Mais il ne peut pas utiliser ce pouvoir pour sanctionner un média dont les journalistes ou les opinions diffusées lui déplaisent.
C’est le cœur du jugement. La Cour estime que la décision de fermeture a été contaminée par des considérations étrangères et illégitimes, liées notamment au contenu éditorial de la station. Le juge Yehiel Kasher avait déjà posé très clairement la question lors des audiences : un gouvernement peut-il, parce qu’il ne supporte plus certaines opinions politiques diffusées par une radio, la démanteler et lui « fermer le micro » ?
Israël : Galei Tsahal garde son micro, la Cour suprême désavoue Netanyahu
L’importance de Galei Tsahal rend l’affaire loin d’être marginale. Selon le dernier TGI portant sur le premier semestre 2026, elle reste la troisième radio nationale d’Israël, avec 16,1 % d’exposition, derrière Galgalatz, 23,2 %, et Kan Reshet Bet, 18,6 %.
Son financement relativise aussi l’image d’une radio entièrement entretenue par le budget militaire. Son budget annuel est d’environ 52 millions de shekels, dont près de 87 % sont couverts par ses propres recettes, essentiellement les parrainages et messages de service. Le poids financier direct pour l’État est donc nettement inférieur au budget global de la station.
Les conditions dans lesquelles la fermeture avait été préparée ont surtout fragilisé le dossier gouvernemental. Le premier président de la commission chargée d’étudier l’avenir de Galei Tsahal, le général de réserve Yiftah Ron-Tal, a démissionné après l’apparition d’un risque de conflit d’intérêts. Il intervenait sur Channel 14 et avait découvert que le propriétaire de cette chaîne, Yitzhak Mirilashvili, contrôlait également la radio régionale Kol Chai, potentiellement concernée par une modification du marché radiophonique. Ron-Tal avait déjà participé à plusieurs réunions de la commission.
Lors des audiences, la juge Daphne Barak-Erez avait également relevé que la commission semblait avoir reçu du pouvoir politique un message particulièrement clair sur « la direction dans laquelle elle devait aller ». Deux de ses membres avaient par ailleurs exprimé avant leur nomination des positions hostiles à Galei Tsahal.
Le désaveu est aussi venu de l’intérieur même de l’appareil d’État. La procureure générale et conseillère juridique du gouvernement, Gali Baharav-Miara, a estimé que la décision ne reposait pas sur une base factuelle et professionnelle suffisante et a refusé de défendre la position gouvernementale devant la Cour. Le gouvernement et le ministre de la Défense ont donc dû être représentés séparément. Cette situation est politiquement spectaculaire, d’autant que le gouvernement est lui-même engagé depuis longtemps dans un conflit avec Baharav-Miara.
Un élément reste particulièrement révélateur : Galgalatz devait survivre. La déclinaison musicale de Galei Tsahal, première radio nationale selon le dernier TGI, devait continuer à émettre alors que la station généraliste, avec ses journaux, débats et émissions politiques, devait disparaître. Cela ne suffit pas à démontrer à lui seul une volonté de supprimer une voix critique, mais cela renforce nécessairement la question posée par les juges : pourquoi supprimer l’information et l’actualité tout en conservant la musique ?
La Cour n’a cependant pas consacré un droit éternel à l’existence de Galei Tsahal. Elle distingue deux questions. Le gouvernement peut décider qu’une radio d’information n’a plus sa place au sein de l’armée. Ce qu’il ne peut pas faire, c’est parvenir à cette conclusion par une procédure biaisée ou parce que le contenu de cette radio lui déplaît. C’est précisément cette frontière entre décision administrative légitime et intervention politique dans un média que le jugement vient renforcer.
Reste désormais la question de son exécution politique. Après le gel judiciaire de décembre 2025, le ministre des Communications Shlomo Karhi avait publiquement appelé à ne pas tenir compte de la décision de la Cour et à poursuivre la fermeture. Quelques mois plus tard, il affirmait encore ne plus accorder d’interviews à Galei Tsahal, qu’il qualifiait de station « illégale ».
L’affaire dépasse donc désormais le sort d’une radio militaire créée en 1950. Elle pose trois questions centrales dans l’Israël contemporain : jusqu’où un gouvernement peut-il intervenir dans les médias publics, quelles garanties doivent entourer une décision touchant à la liberté de la presse, et jusqu’où ira l’affrontement entre le pouvoir exécutif et la Cour suprême ?
Galei Tsahal est sauvée aujourd’hui. Le véritable enjeu du jugement est ailleurs : un gouvernement peut réorganiser un média public, mais il ne peut pas lui couper le micro parce qu’il n’aime pas ce qu’il entend.
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