Deux entreprises spécialisées dans le partage d’abonnements numériques lancent une pétition pour permettre leur utilisation hors du domicile familial. Une initiative censée défendre les consommateurs, mais aussi leur propre modèle économique. Pendant ce temps, une possible hausse de la TVA menace les abonnés à la télévision payante.
Donner les codes d’accès à nos plateformes à nos enfants, même lorsqu’ils ne vivent plus sous notre toit, cela nous semble presque naturel.
Et j’aurais tendance à dire, surtout lorsqu’ils n’y vivent plus !
Pourquoi leur demander de payer alors que nous avons déjà un abonnement ? D’autant que les tarifs ne sont pas donnés. Regardez Canal+ !
Il y a tout de même quelques inconvénients, car les plateformes limitent le nombre d’écrans utilisables simultanément.
Il m’arrive ainsi, en plein programme, de voir apparaître un message m’annonçant qu’il y a trop d’écrans connectés. J’envoie alors un WhatsApp familial pour rappeler une règle élémentaire : celui qui paie devrait tout de même avoir la priorité !
Même problème parfois avec les abonnements à des journaux que nous lisons en PDF.
Pendant longtemps, les plateformes ont plus ou moins toléré ces pratiques, espérant transformer progressivement ces utilisateurs en abonnés payants.
Cette tolérance ne date pas d’hier. Je me souviens de TPS, le bouquet satellite concurrent de CanalSatellite, dont le piratage était très répandu au Maghreb. Lorsque TPS a renforcé son cryptage en 2004, cela a provoqué un tollé, notamment en Algérie et au Maroc.
L’affaire avait pris une dimension diplomatique. Je me souviens même que Jacques Chirac avait relayé les protestations de pays arabes. Car derrière le piratage, il y avait aussi la question de l’influence culturelle française. Et laisser prospérer celui de TPS pouvait présenter un avantage concurrentiel face à CanalSatellite. Évidemment, ce n’était pas le discours officiel !
Aujourd’hui, les plateformes se sont multipliées : Netflix, Disney+, Prime Video, Canal+, Apple TV et les autres. Difficile de s’abonner à tout, surtout avec les hausses de prix.
Alors, on s’organise : moi Netflix, vous Disney+, un autre Canal+, et chacun profite des abonnements des autres.
Ou bien on choisit une solution parfaitement légale : s’abonner un mois à une plateforme, résilier, puis passer à une autre. Mais les services restreignent de plus en plus les accès hors du domicile.
Un enfant qui quitte la maison cesse-t-il pour autant de faire partie de la famille ? Pour les plateformes, tout dépend désormais de son adresse !
Derrière ces restrictions, une logique économique : mieux vaut plusieurs abonnements payants qu’un seul utilisé par quatre personnes.
C’est dans ce contexte que deux entreprises françaises lancent une pétition pour changer les règles.
Elles soutiennent une proposition de loi de deux députés socialistes, Mickaël Bouloux et Pierrick Courbon, qui permettrait au titulaire d’un abonnement comprenant plusieurs accès de choisir librement leurs bénéficiaires.
Pourquoi pas ?
Sauf que ces deux sociétés vivent précisément de l’organisation de cette mutualisation.
Elles défendent donc aussi leur fonds de commerce. L’une d’elle a été condamnée en première instance dans un litige l’opposant notamment à Netflix, Disney+ et Apple. Elle a fait appel.
Voilà donc une entreprise dont certaines pratiques ont été sanctionnées par la justice et qui demande maintenant de changer la loi. Une démarche plutôt audacieuse !
Quant aux deux députés, ils peuvent naturellement déposer une proposition de loi. Mais de là à la faire adopter, il y a un pas considérable et je doute qu’une pétition portée par des entreprises directement intéressées soit la meilleure manière de convaincre.
D’autant que l’intérêt général ne consiste pas seulement à payer moins cher, mais aussi à financer les films, les séries, le sport et la création. Sans oublier que les plateformes pourraient réagir en augmentant leurs tarifs ou en réduisant le nombre d’accès.
Pendant ce temps, un autre sujet menace le portefeuille des abonnés : la TVA. Le gouvernement envisage de la faire passer de 10 à 20 % sur les abonnements de télévision payante, notamment Canal+.
La commission des finances a supprimé cette hausse le 9 octobre, mais elle pourrait revenir dans le budget définitif.
Canal+ estime qu’elle pourrait lui coûter jusqu’à 200 millions d’euros par an.
Voilà un problème qui concerne directement les abonnés et le financement de la création, mais qui ne figure pas dans la pétition.
Finalement, chacun défend ses intérêts.
Les plateformes veulent davantage d’abonnés, des entreprises désirent développer leur activité, les familles partager leurs abonnements, et l’État augmenter ses recettes fiscales.
Quant aux consommateurs, ils voudraient surtout limiter leurs factures.
Et moi, simplement regarder le programme que je paie, sans envoyer un WhatsApp à mes enfants pour récupérer mon écran !
