Les ventes de CD bondissent aux États-Unis, portées par la nostalgie, la K-pop et un goût certain pour l’objet. Mais derrière l’enthousiasme des distributeurs de hi-fi, le format reste marginal face au streaming, et continue de reculer en France.
Formidable nouvelle, le CD fait son grand retour !
Aux États-Unis, ses ventes ont progressé de 45,7 % au premier semestre 2026, selon la RIAA. Les revenus ont même bondi de 58,6 %.
Le disque compact, que l’on croyait condamné par le streaming, serait donc ressuscité.
Détail intéressant, cette renaissance est notamment célébrée par Cobra, une enseigne spécialisée dans la vente de matériel hi-fi. Un commerçant qui se réjouit du retour d’un support nécessitant l’achat d’un lecteur, voilà une surprise !
Mais revenons à la musique.
Le CD offre une excellente qualité sonore. Simplement, Apple Music Deezer ou Spotify proposent désormais de la musique sans perte de qualité, équivalente à celle du CD et dans les conditions d’écoute habituelles, avec les équipements de la majorité des consommateurs, les différences sont souvent imperceptibles. Toute (ou presque) la musique du monde dans sa poche ou son ordinateur.
Alors, pourquoi cet engouement ?
La nostalgie, le plaisir de posséder un objet, une collection, certainement. La K-pop aussi, dont les fans achètent les albums pour les photos et les objets glissés dans le boîtier.
Et un peu de snobisme.
D’ailleurs, selon Luminate, environ la moitié des jeunes Américains qui achètent des CD ne possèdent même pas de lecteur.
Voilà qui relativise le débat sur la qualité sonore !
Mais il y a une autre explication, beaucoup moins romantique, l’argent. Un CD vendu directement par un artiste peut lui rapporter autant que plusieurs milliers d’écoutes en streaming et les maisons de disques peuvent vendre sous forme physique une musique que leurs clients écoutent déjà sur les plateformes.
Quant aux fabricants de matériel hi-fi, ils trouvent là une excellente occasion de vendre quelques appareils supplémentaires.
Tout le monde y gagne.
Enfin, presque. Car contrairement à ce que suggère cet enthousiasme, le CD représente moins de 3 % des revenus de la musique enregistrée aux États-Unis, contre environ 82 % pour le streaming.
Et en France, les revenus du CD ont encore reculé de 14,4 % au premier semestre 2026, selon le Snep.
Le vinyle, lui, reste le roi du support physique, avec des revenus trois fois supérieurs à ceux du CD aux États-Unis et en hausse de 5,8 % en France.
Nous sommes donc loin d’une révolution.
Acheter un CD pour soutenir un artiste, conserver un enregistrement ou simplement se faire plaisir est parfaitement respectable. Mais présenter son retour comme un progrès technologique relève surtout du marketing.
Pendant des années, l’industrie musicale nous a expliqué qu’il fallait abandonner le vinyle pour le CD, puis le CD pour le numérique. Aujourd’hui, elle nous invite à racheter ce qu’elle nous avait demandé d’abandonner.
Finalement, dans cette histoire, ce n’est peut-être pas le CD qui tourne le mieux.
C’est du commerce.
Remarquez, étant ancien commerçant de hi-fi moi-même, je peux comprendre ce discours.
Mais je remarque que le même site du magasin Cobra Cobra célèbre le « grand retour » du CD, excellent prétexte pour vendre des lecteurs.
Mais le même blog annonce la fermeture de HMV à Oxford Street en 2027. Ses ventes progressent, mais le propriétaire veut doubler le loyer.
La nostalgie ne paie pas tout !
