Netflix voulait Warner, mais sans CNN ni les autres chaînes linéaires. Paramount a finalement pris l’ensemble pour environ 110 milliards de dollars. Quelques mois plus tard, Ted Sarandos assure déjà qu’il ne regrette rien, tout en reconnaissant que Netflix ne croît pas aussi vite qu’il le souhaiterait.
Il y a encore quelques mois, Netflix voulait récupérer les studios Warner Bros., HBO et HBO Max.
Pas tout Warner Bros. CNN, Discovery et les autres chaînes de télévision devaient être séparées dans une société indépendante avant le rachat.
Netflix voulait donc essentiellement les studios et le streaming. Montant de l’offre proposée : 82,7 milliards de dollars.
Paramount, lui, a choisi de prendre le paquet complet, CNN comprise et a fini par l’emporter à 31 dollars par action, soit environ 110 milliards de dollars.
Netflix s’est retiré fin février. Ted Sarandos explique aujourd’hui qu’une surenchère aurait pu faire basculer l’opération en territoire négatif.
En clair, Warner intéressait Netflix. Mais pas au prix payé par Paramount.
Quelques mois plus tard, l’affaire semble déjà presque oubliée.
Interrogé au Screentime de Bloomberg, Sarandos relativise même la puissance du futur ensemble. À propos de Paramount+ et HBO Max, il explique qu’un plus un ne fait pas forcément deux.
Cela peut faire 1,5, deux ou trois.
Une manière assez élégante de minimiser aujourd’hui un ensemble dont Netflix voulait encore récupérer une bonne partie hier.
Car Netflix a aussi ses propres objectifs. Au deuxième trimestre, son chiffre d’affaires a progressé de 13 %, à 12,6 milliards de dollars mais au premier semestre, le temps de visionnage n’a augmenté que de 2 %.
Ted Sarandos reconnaît lui-même que Netflix ne croît pas aussi vite qu’il le souhaiterait. Le groupe cherche donc de nouveaux relais dont le direct qui représente environ 5 % du budget de contenus pour seulement 1 % du visionnage.
Pas spectaculaire sur le papier. Mais Netflix estime que le direct attire des abonnés, limite les résiliations, crée de l’événement et intéresse les annonceurs.
Toutes les heures regardées ne se valent donc pas.
Même pragmatisme face à YouTube. Ted Sarandos considère désormais qu’il est assez artificiel de dire que YouTube n’est pas de la télévision lorsqu’on le regarde précisément sur un téléviseur. Netflix travaille donc avec certains créateurs venus de YouTube, sans vouloir devenir une plateforme de contenus amateurs.
Et pas question, pour l’instant, de se lancer franchement dans le FAST, la télévision gratuite. Ted Sarandos estime qu’aucune offre gratuite financée par la publicité ne justifierait de cannibaliser le produit principal. Il y a aussi une différence de nature.
Le FAST repose sur un modèle gratuit, financé par la publicité, avec beaucoup de catalogues, de rediffusions et de flux linéaires. Ce modèle ne peut pas offrir durablement la même densité de productions originales coûteuses qu’un service payant comme Netflix.
Autrement dit, le FAST peut compléter l’offre audiovisuelle, mais difficilement promettre le même niveau d’investissement éditorial et de production.
Netflix préfère donc continuer à faire payer l’abonnement plutôt que de transformer son catalogue en télévision gratuite améliorée.
Netflix regarde donc la télévision traditionnelle, lui emprunte le direct, la publicité, les grands événements et même certains accords de distribution mais en prenant soin de rappeler qu’il ne fait surtout pas de télévision traditionnelle.
Pendant ce temps, Paramount récupère Warner. Netflix a laissé passer. Aujourd’hui, Ted Sarandos explique presque pourquoi ce n’était finalement pas si important.
Dans le streaming aussi, on sait très vite passer à l’épisode suivant.
