Annoncé sur CNews et Europe 1, Laurent Nuñez a finalement été remplacé quelques jours après avoir menacé la chaîne de poursuites dans l’affaire Xenia Fedorova. Le Monde évoque un possible veto de Vincent Bolloré.
Laurent Nuñez, le ministre de l’Intérieur, devait être l’invité de Laurence Ferrari mercredi 16 septembre sur CNews et Europe 1.
Il devait notamment répondre à la manifestation organisée la veille à Paris par le syndicat Alliance, qui revendiquait 10 000 policiers dans la rue pour réclamer notamment des revalorisations salariales, davantage de moyens et une hausse de la prime de risque.
Sa venue avait été annoncée la veille à l’antenne, avec sa photo et l’heure du rendez-vous.
Mais mercredi matin, Nicolas Dupont-Aignan prend finalement sa place.
Le calendrier rend l’affaire assez savoureuse.
Une semaine auparavant, le 9 septembre, Laurent Nuñez avait écrit au président de l’Arcom, Martin Ajdari, pour prévenir que CNews pourrait s’exposer à des poursuites pénales si Xenia Fedorova revenait à l’antenne en visioconférence depuis l’étranger.
Le ministre accusait la chaîne de vouloir contourner les mesures prises contre cette ancienne responsable de RT France.
Et il connaît particulièrement bien le dossier puisque c’est lui qui avait signé en juillet l’arrêté d’expulsion de Xenia Fedorova.
Le Monde rapporte qu’une source lui indique que Vincent Bolloré aurait lui-même mis son veto à la venue du ministre.
Le journal évoque aussi une autre hypothèse, celle d’une décision de Serge Nedjar, directeur général et directeur de la rédaction de CNews, qui aurait devancé ce veto.
Ni Serge Nedjar ni Laurence Ferrari n’ont souhaité répondre au Monde.
L’affaire devient encore plus piquante lorsqu’on se souvient que Vincent Bolloré a affirmé devant des commissions d’enquête parlementaires qu’il n’intervenait pas dans le contenu de ses antennes.
Des parlementaires ont désormais saisi la présidente de l’Assemblée, le parquet de Paris et l’Arcom sur cette question.
Et voilà toute l’ironie.
CNews et Europe 1 revendiquent volontiers le droit de critiquer les responsables politiques, les institutions, le service public ou les autres médias.
Cette fois, c’est un ministre qui critique directement la chaîne.
Il avait accepté de venir s’en expliquer.
La liberté de critiquer, donc.
Mais visiblement pas le groupe Bolloré.
