Deux juristes réclament le retrait des fréquences de CNews et Europe 1. Une offensive spectaculaire, juridiquement loin d’être automatique et politiquement explosive à quelques mois de la présidentielle. Le paradoxe est qu’en voulant affaiblir CNews, ses adversaires pourraient surtout renforcer son statut de victime.
Deux professeurs de droit public, Camille Broyelle et Pierre-Olivier Rigaudeau, demandent dans Le Monde que CNews et Europe 1 perdent leur accès au réseau hertzien national.
Ils ne sont pas de simples observateurs puisqu’ils participent eux-mêmes au recours engagé devant le Conseil d’État contre ce qu’ils considèrent comme l’inefficacité de l’Arcom.
Leur stratégie est claire : demander le maximum pour obliger le juge à dire jusqu’où peut aller le droit.
Mais la loi prévoit justement une gradation des sanctions : mise en demeure, amende, suspension, réduction de l’autorisation, interdiction provisoire de la publicité et, éventuellement, retrait de la fréquence.
Le retrait est donc possible.
Dire qu’il serait devenu obligatoire est déjà une interprétation.
Et puis il y a le calendrier.
À six mois d’une élection présidentielle, imagine-t-on réellement l’Arcom retirer sa fréquence à l’une des principales chaînes d’information du pays ?
Juridiquement, la décision serait immédiatement contestée.
Politiquement, ce serait de la dynamite.
Et pour CNews, peut-être un cadeau extraordinaire.
On peut même se demander si Vincent Bolloré ne finirait pas par remercier ceux qui réclament cette interdiction.
Le récit serait immédiatement prêt : « CNews censurée », « on veut nous faire taire », « la liberté d’expression menacée ».
Pour une chaîne qui oppose volontiers le peuple aux élites et aux institutions, difficile d’imaginer meilleure campagne de communication.
D’autant que perdre la TNT ne signifierait plus disparaître.
Seuls environ 15 % des foyers équipés dépendent exclusivement de la réception hertzienne.
CNews pourrait continuer sur les box, Internet, les applications et les plateformes.
Elle perdrait une partie de sa diffusion, et encore, ses fans se brancheraient immédiatement sur un autre moyen de diffusion, et la chaine gagnerait peut-être quelque chose de beaucoup plus puissant : le statut de victime.
La comparaison avec C8 a aussi ses limites.
C8 avait accumulé autour de 850 millions d’euros de pertes.
CNews est aujourd’hui à l’équilibre ou presque.
Son modèle économique est donc beaucoup plus solide.
Cela ne signifie évidemment pas qu’elle devrait échapper aux règles.
Une chaîne privée a parfaitement le droit d’avoir une ligne éditoriale marquée.
Elle peut être conservatrice, libérale, de droite ou d’une autre sensibilité.
Ce que la loi lui impose, c’est le pluralisme.
Si elle ne le respecte pas, l’Arcom doit sanctionner, puis durcir les sanctions si elles restent sans effet.
C’est précisément ce qu’on appelle la régulation.
Et le service public ?
L’objection revient souvent : pourquoi surveiller CNews et pas France Inter, Franceinfo ou France Télévisions ?
Parce que le service public est soumis à des exigences encore plus fortes de neutralité, d’impartialité, de pluralisme et d’égalité de traitement.
On peut considérer qu’il ne les respecte pas toujours.
Mais encore faut-il le démontrer.
Une impression de biais n’est pas une preuve.
C’est finalement la même règle pour tout le monde : des obligations précises, des manquements établis et des sanctions proportionnées.
Le reste relève davantage du procès politique.
Et à six mois d’une présidentielle, transformer CNews en victime officielle du système serait peut-être la meilleure campagne que Vincent Bolloré n’aurait jamais eu à financer.
