C’est l’une des résurrections technologiques les plus inattendues de la rentrée. Le Parisien raconte ce matin le retour du Tatoo, ce petit bipeur qui fut l’un des symboles des années 1990, avant que le téléphone portable puis le smartphone ne le relèguent au rang de souvenir.
Mais parler de « retour » est finalement un peu trompeur. Tatoo n’a jamais complètement disparu.
Lancé par France Télécom dans les années 1990 sur le réseau de radiomessagerie Alphapage, le service a continué à vivre bien après sa disparition du paysage grand public. Au début de l’année 2000, l’Arcep comptabilisait encore près de 1,67 million de clients Tatoo, Tatoo+texte et Alphapage. (Arcep)
Le réseau a ensuite poursuivi sa carrière beaucoup plus discrètement sous e*Message, essentiellement pour des usages professionnels.
Nouvel épisode le 11 février 2026. Après la liquidation judiciaire d’e*Message, le groupe Assmann, par l’intermédiaire d’IP Focus, reprend les actifs du dernier opérateur national de radiomessagerie et décide de remettre Tatoo sur le devant de la scène. L’entreprise précise d’ailleurs que les abonnements existants sont maintenus. (e*Message)
Ce n’est donc pas véritablement la résurrection d’un réseau disparu, mais plutôt la tentative de reconquête du grand public par une technologie qui avait survécu dans l’ombre.
Et le Tatoo de 2026 a appris quelques nouveaux tours.
Le correspondant peut laisser un message vocal. Celui-ci est automatiquement transformé en texte puis transmis au pager par le réseau radio POCSAG. Une copie peut également être envoyée par SMS, courriel ou d’autres moyens numériques. Autrement dit, une technologie des années 1990 vient désormais chercher du renfort du côté de l’intelligence artificielle. (Tatoo)
Mais son principal argument n’est peut-être pas la nostalgie. C’est l’indépendance vis-à-vis des réseaux mobiles classiques.
Le Tatoo utilise son propre réseau radio, autour de 460 MHz. Il n’a donc besoin ni de 4G ni de 5G pour recevoir son message. C’est précisément cette résilience qui explique que la radiomessagerie soit toujours utilisée pour certaines communications critiques, notamment dans les secteurs de la santé, des secours ou de l’industrie. (e*Message)
Et cette infrastructure ne doit pas disparaître demain matin. L’Arcep a officiellement prolongé jusqu’au 31 décembre 2030 l’autorisation d’e*Message d’utiliser des fréquences dans la bande 450-470 MHz pour son réseau de radiomessagerie en France métropolitaine, hors Corse. (Arcep)
Reste la question du prix.
Le Parisien présente un appareil reconditionné à 75 euros. Ce tarif apparaît d’ailleurs dans la légende de la photographie publiée par le quotidien, mais il ne figure pas dans le catalogue tarifaire public de Tatoo, qui renvoie à un devis pour les terminaux neufs ou révisés. (leparisien.fr)
Pour le service lui-même, plusieurs formules sont proposées. Dans les offres sans abonnement, c’est celui qui cherche à joindre le propriétaire du Tatoo qui paie. L’opérateur donne comme référence environ 1,50 euro par appel, le tarif réel dépendant de l’opérateur téléphonique. Une formule Performance est proposée à 10 euros HT par mois, sans facturation à l’acte pour les correspondants. (Tatoo)
Tatoo cherche même à retrouver un petit parfum des années 1990 avec une offre de lancement réservée aux 1 000 premiers utilisateurs, comprenant un an d’abonnement offert et la possibilité d’obtenir des numéros particulièrement mémorisables commençant par 06 06 06. (Tatoo)
Selon Le Parisien, environ 2 000 personnes utiliseraient encore aujourd’hui la radiomessagerie et Philippe Dubus, fondateur du groupe Assmann, espère porter ce nombre à 20 000 abonnés d’ici à la fin de l’année prochaine. Ce dernier chiffre reste évidemment un objectif commercial, pas une prévision indépendante du marché. (leparisien.fr)
Alors, les Français vont-ils abandonner leur smartphone pour raccrocher un petit boîtier à leur ceinture ?
Probablement pas.
Mais le pari n’est finalement pas aussi absurde qu’il en a l’air. Après des années de course au smartphone toujours plus puissant et toujours plus connecté, certains recherchent au contraire des appareils simples, autonomes et beaucoup moins envahissants.
Et dans les communications critiques, disposer d’un réseau différent de ceux utilisés par nos téléphones peut aussi constituer une véritable sécurité.
Le plus étonnant reste finalement ceci : pendant que le smartphone faisait disparaître les baladeurs, les GPS, les appareils photo compacts et une partie des téléphones fixes, le vieux Tatoo, lui, n’était jamais vraiment mort.
Alors, Tatoo you ?
Peut-être pas encore. Mais en 2026, le bipeur compte bien essayer de sonner une deuxième fois.
