Paramount Skydance n’exclut plus de se séparer de CNN pour tenter de débloquer son gigantesque rachat de Warner Bros. Discovery.
Une hypothèse qui constitue un spectaculaire changement de ton, quelques jours seulement après les assurances données par David Ellison sur l’avenir de la chaîne d’information américaine.
Paramount envisage de sacrifier CNN pour débloquer le rachat de Warner Bros. Discovery
Makan Delrahim, directeur juridique de Paramount Skydance, a confirmé que toutes les options restaient désormais « sur la table », y compris une éventuelle vente de CNN, dans le cadre des discussions autour du contentieux antitrust qui retarde l’opération.
Il ne s’agit toutefois pas, à ce stade, d’une mise en vente formelle. Paramount n’a annoncé ni processus de cession, ni négociation avec un acquéreur potentiel. CNN apparaît plutôt comme l’un des actifs que le groupe pourrait accepter de sacrifier si cela permettait de lever certains obstacles au rapprochement.
CNN, la chaîne que Trump déteste
L’affaire possède évidemment une dimension politique particulière. CNN est depuis des années l’une des principales bêtes noires de Donald Trump. Le président américain attaque régulièrement la chaîne, sa couverture et certains de ses journalistes.
Le projet de voir CNN passer sous le contrôle de David Ellison avait donc immédiatement suscité des interrogations au sein de la rédaction. David Ellison et surtout son père Larry Ellison, fondateur d’Oracle et soutien de longue date de Donald Trump, entretiennent des relations étroites avec le président américain.
Cette proximité avait alimenté une crainte : que CNN soit, une fois rachetée, davantage encadrée, réorientée ou tout simplement bridée dans sa couverture de l’administration Trump.
Ces inquiétudes n’étaient pas uniquement théoriques. L’expérience récente de CBS News, qui appartient déjà à Paramount Skydance, est observée avec attention par les journalistes de CNN.
Le précédent CBS
Depuis la prise de contrôle de Paramount par Skydance en août 2025, CBS News a connu une profonde réorganisation.
Quelques semaines plus tard, David Ellison a nommé Bari Weiss rédactrice en chef de CBS News, après que Paramount eut racheté son média The Free Press. Weiss, ancienne journaliste d’opinion du New York Times, est notamment connue pour ses critiques du « wokisme » et de certaines positions de la gauche progressiste américaine. Sa nomination a été largement interprétée comme la volonté de rééquilibrer politiquement une rédaction historiquement considérée comme plutôt libérale par les conservateurs américains.
Elle ne peut toutefois pas être simplement présentée comme une proche de Trump. Elle revendique au contraire une ligne qu’elle qualifie de non partisane et factuelle.
Le changement de direction s’est accompagné de départs spectaculaires, particulièrement à 60 Minutes. Plus d’une demi-douzaine de figures ont quitté l’émission ou en ont été écartées au printemps 2026. Parmi elles figurent Scott Pelley, Sharyn Alfonsi, Cecilia Vega et l’ancienne productrice exécutive Tanya Simon.
Scott Pelley a directement accusé le nouveau propriétaire de CBS de sacrifier l’héritage de l’émission afin de gagner les faveurs de l’administration Trump. Paramount conteste l’idée d’une reprise en main politique et assure vouloir simplement proposer une information représentant davantage la diversité idéologique des Américains.
Le contexte nourrit cependant les soupçons. Avant même la prise de contrôle de Paramount par Skydance, Paramount avait accepté de verser 16 millions de dollars pour mettre fin au procès engagé par Donald Trump contre CBS à propos du montage d’une interview de Kamala Harris dans 60 Minutes. Peu après, l’administration américaine avait autorisé le rapprochement entre Paramount et Skydance.
CBS a également nommé un médiateur chargé notamment d’examiner les accusations de biais politique et David Ellison s’était engagé auprès du régulateur à ce que les programmes du groupe reflètent une plus grande diversité de points de vue.
Pour les salariés de CNN, le précédent est donc difficile à ignorer. L’Associated Press avait déjà constaté en février une réelle inquiétude dans la rédaction à l’idée de passer sous le contrôle de Paramount. Donald Trump lui-même ne cache pas son souhait de voir CNN changer. Son secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, était même allé jusqu’à déclarer en mars que plus vite David Ellison prendrait le contrôle de CNN, mieux ce serait.
David Ellison avait, lui, promis exactement l’inverse d’une mise au pas : selon lui, l’indépendance éditoriale de CNN serait « absolument » préservée, comme elle le serait à CBS.
Et maintenant, CNN pourrait finalement être vendue
C’est ce qui rend le retournement actuel particulièrement spectaculaire.
Une semaine seulement avant les déclarations de Makan Delrahim, David Ellison affirmait encore vouloir conserver CNN au sein du futur groupe et garantir son indépendance. Paramount avait même étudié la création d’un conseil indépendant destiné à protéger l’autonomie de la rédaction.
Désormais, la vente de CNN fait partie des hypothèses officiellement envisagées.
Cela ne signifie pas pour autant qu’une telle cession permettrait automatiquement à Paramount d’obtenir le feu vert au rachat de Warner Bros. Discovery. Le contentieux antitrust engagé par la Californie et onze autres États concerne beaucoup plus largement la concentration du cinéma et de la télévision que la seule chaîne d’information.
Selon les autorités à l’origine du recours, le nouvel ensemble pourrait notamment contrôler environ 27 % du marché américain des films largement distribués en salles et une part comparable des chaînes câblées de base.
Les enjeux financiers sont considérables. Paramount s’est engagé à acquérir Warner Bros. Discovery pour 31 dollars par action, valorisant les actions du groupe à environ 80,9 milliards de dollars. Dette comprise, l’opération représente environ 110 milliards.
Le procès antitrust doit se tenir en mars 2027. Paramount est parallèlement soumis à une pression financière croissante : depuis le 30 septembre 2026 si l’opération n’est toujours pas réalisée, un mécanisme de compensation doit coûter environ 7 millions de dollars par jour au groupe, avec un montant susceptible d’atteindre jusqu’à 1,7 milliard de dollars.
CNN pourrait donc devenir une monnaie d’échange dans une opération qui dépasse largement son propre avenir.
Et le paradoxe est assez remarquable. Il y a quelques mois encore, la question était de savoir si CNN serait bridée après son rachat par un groupe dirigé par un homme proche de Donald Trump.
La question pourrait finalement devenir beaucoup plus simple : David Ellison possédera-t-il seulement CNN un jour ?
La comparaison avec CBS est à mon sens indispensable, parce qu’elle permet d’expliquer pourquoi la perspective d’une prise de contrôle de CNN par Paramount avait déclenché autant d’inquiétude, sans affirmer pour autant qu’une « trumpisation » de CNN était certaine. CBS a effectivement connu une série de changements et de départs majeurs depuis l’arrivée de David Ellison. (Reuters)
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