Après avoir connecté les smartphones, la 5G pourrait bientôt contribuer à surveiller le ciel. Lockheed Martin, Verizon et plusieurs partenaires technologiques viennent de présenter NetSense, un système capable de détecter et de suivre des drones à partir des signaux des réseaux mobiles.
Une démonstration a été organisée en juillet 2026 dans la région de Miami. Selon Lockheed Martin, NetSense a détecté la présence de drones, maintenu leur suivi pendant le vol et transmis des alertes en temps réel.
Quand la 5G se transforme en détecteur de drones
Le dispositif analyse les perturbations relevées dans les signaux radiofréquences du réseau. La plateforme Nvidia AI Aerial traite ces données, tandis que les algorithmes de Lockheed Martin tentent d’identifier le drone, de suivre sa trajectoire et d’en prévoir l’évolution. Verizon fournit l’infrastructure et le spectre 5G, ODC son logiciel de réseau d’accès radio et Keysight ses outils de modélisation et de simulation.
Un point reste toutefois obscur. Lockheed Martin ne précise pas si NetSense repère directement la présence physique de l’appareil dans le champ radioélectrique ou les émissions produites par ses communications. Cette distinction est importante pour savoir si le dispositif pourrait détecter un drone autonome ou silencieux sur le plan radio.
L’entreprise affirme que la démonstration n’a nécessité aucune modification des équipements radio cellulaires déjà déployés. Cela ne signifie pas que chaque antenne 5G puisse automatiquement devenir un radar. Le système nécessite l’intégration de logiciels spécialisés, d’algorithmes d’intelligence artificielle et de capacités de traitement permettant d’adresser les alertes aux services de sécurité. Lockheed Martin ne dit pas si un déploiement commercial exigerait l’installation d’équipements informatiques supplémentaires.
L’intérêt économique potentiel est évident. Plutôt que de bâtir un réseau complet de radars, de capteurs acoustiques ou de détecteurs de fréquences, NetSense pourrait exploiter une infrastructure déjà largement déployée. Le service vise notamment les aéroports, les centrales électriques, les stades, les hôpitaux, les écoles et les administrations.
Mais le terme de « radar anti-drones ultime », employé par certains médias, est prématuré. Lockheed Martin ne publie aucune donnée concernant la portée du système, sa précision de localisation, la taille minimale des appareils repérables ou son taux de fausses alertes. On ignore également le nombre d’antennes mobilisées et les conditions exactes dans lesquelles les drones ont évolué. Les résultats annoncés proviennent uniquement des entreprises participantes et n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation indépendante rendue publique.
NetSense est par ailleurs un outil de détection et de suivi, pas un système de neutralisation. Son architecture pourra éventuellement être reliée à des intercepteurs ou à d’autres moyens de lutte anti-drones, mais elle ne permet pas, à elle seule, d’abattre ou de brouiller un appareil.
Des expérimentations auprès de premiers clients sont annoncées pour le second semestre 2026 et le début de 2027. Lockheed Martin prévoit une commercialisation générale en 2027 sous forme d’abonnement, par l’intermédiaire de sa filiale Astris AI. Il s’agit encore d’un calendrier prévisionnel.
La France travaille sur une approche comparable, mais pas encore identique. Orange Business a lancé Orange Drone Guardian, un service utilisant actuellement des capteurs spécialisés et le logiciel de commandement de son partenaire Hologarde. Il s’appuie sur les points hauts du réseau TOTEM, qui compte 19 700 sites susceptibles d’accueillir ces équipements de détection. Le « radar passif » exploitant directement les signaux 5G n’est pas encore opérationnel : Orange annonce ses premiers essais pour le début de 2027.
Cette évolution préfigure surtout la 6G. L’intégration de la communication et de la détection, connue sous le sigle ISAC, figure parmi les six usages envisagés par l’Union internationale des télécommunications pour les futurs réseaux IMT-2030. Les exigences techniques sont néanmoins encore en cours de validation formelle.
À terme, les réseaux mobiles pourraient donc devenir des infrastructures de détection capables d’analyser leur environnement physique. Cette évolution ouvre de nouvelles perspectives pour la protection des sites sensibles, mais soulève aussi des questions sur la transformation des réseaux civils en outils de surveillance.
NetSense constitue ainsi une démonstration technologique sérieuse et prometteuse. Mais entre un essai organisé à Miami et la transformation des réseaux 5G en système de surveillance aérienne fiable, abordable et généralisé, plusieurs étapes restent encore à franchir.
Source Generation NT-COM
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