Avec Sport+, Canal+ renoue avec la recette de ses anciennes plages en clair : offrir du gratuit pour donner envie de s’abonner.
Mais entre extraits sportifs, matchs partiellement accessibles et ancienne marque ressuscitée, le public comprendra-t-il vraiment ce qu’on lui propose ?
Canal+ lance Sport+, une nouvelle offre sportive gratuite.
Bonne nouvelle ! Du sport gratuit chez Canal+, cela mérite qu’on s’y intéresse.
Encore faut-il comprendre de quoi il s’agit. Moi, j’avoue avoir eu du mal.
Sport+ n’est pas une nouvelle chaîne de télévision.
Ce n’est pas non plus une chaîne d’information sportive, ni une plateforme permettant de regarder gratuitement toutes les grandes compétitions.
Alors, c’est quoi ?
Un espace intégré à l’application Canal+, ouvert aux abonnés comme aux non-abonnés et financé par la publicité.
Et qu’y trouve-t-on gratuitement ?
Des résumés de matchs, des extraits, des vidéos courtes, des émissions comme le Canal Football Club et une sélection d’événements diffusés intégralement.
Environ une douzaine par saison, selon les informations présentées à la presse, notamment des Grands Prix de Formule 1 ou de MotoGP, du rugby et du football féminin.
Une partie de ces contenus était d’ailleurs déjà disponible sur les réseaux sociaux ou dans l’application Canal+.
Il y a aussi le « Multi-Live ».
Les soirs de grandes compétitions, plusieurs matchs s’affichent simultanément dans de petites fenêtres, avec le son du multiplex.
Mais si vous voulez sélectionner une rencontre pour la regarder individuellement en plein écran, il faudra vous abonner.
Du gratuit pour donner envie de payer. Pourquoi pas ?
Et pour simplifier les choses, Canal+ a choisi de reprendre le nom Sport+, celui de son ancienne chaîne sportive payante, disparue en 2015.
À ne surtout pas confondre avec Infosport+, la chaîne d’information sportive du groupe, qui existe toujours.
Sport+, Infosport+, des extraits, des directs, du gratuit, du payant…
Vous suivez toujours ?
Les spécialistes des médias, eux, semblent avoir parfaitement compris la stratégie.
Canal+ veut attirer de nouveaux utilisateurs, développer ses recettes publicitaires et transformer une partie de ce public en abonnés.
François Godard, analyste chez NPA Conseil, explique dans Le Figaro que cette opération ne coûte pas grand-chose au groupe et peut lui rapporter des recettes supplémentaires.
Sur le plan économique, l’idée se défend.
Mais, au fond, Canal+ n’est-il pas tout simplement en train de redécouvrir une vieille recette ?
Souvenez-vous des plages en clair de la chaîne sur le réseau hertzien.
« Nulle part ailleurs », puis « Le Grand Journal », et bien d’autres émissions permettaient aux non-abonnés de découvrir gratuitement l’univers Canal+.
Ces programmes contribuaient à l’image de la chaîne et donnaient envie de découvrir le reste.
Autrement dit, le gratuit servait déjà à vendre du payant.
Plus de quarante ans après sa création, et après avoir quitté la TNT en juin 2025, Canal+ semble renouer avec cette logique.
Hier, il suffisait d’allumer son téléviseur pour découvrir les programmes en clair.
Aujourd’hui, il faut aller chercher le gratuit dans une application, sur son smartphone ou son téléviseur connecté.
Les émissions en clair ont laissé la place aux vidéos courtes et aux extraits sportifs, mais l’ambition commerciale reste sensiblement la même.
Avec toutefois une différence essentielle.
À l’époque, Canal+ pouvait toucher directement des millions de téléspectateurs grâce au réseau hertzien.
Aujourd’hui, pourquoi un amateur de sport irait-il spontanément chercher des contenus gratuits dans une application historiquement associée à la télévision payante ?
Pourquoi abandonnerait-il ses habitudes sur YouTube, TikTok ou les réseaux sociaux ?
Certes, Canal+ dispose de droits prestigieux, d’images exclusives et d’un véritable savoir-faire sportif. Mais est-ce suffisant pour attirer un nouveau public et lui donner envie de revenir régulièrement ?
Car les dirigeants de Canal+ et les spécialistes des médias comprennent parfaitement l’intérêt économique de Sport+.
Mais les spectateurs ? Sauront-ils ce qu’ils peuvent réellement regarder sans payer ? Et surtout, trouveront-ils une raison de changer leurs habitudes ?
Peut-être que Sport+ sera un succès.
Peut-être même que Canal+ a trouvé la bonne formule pour séduire ceux qui ne veulent plus multiplier les abonnements.
Mais lorsqu’il faut plusieurs articles de presse et un long communiqué pour expliquer une offre censée être simple et gratuite, il y a de quoi s’interroger.
Finalement, avec Sport+, Canal+ semble retrouver la recette de ses anciennes plages en clair.
À une différence près. Autrefois, il suffisait d’allumer sa télévision pour les découvrir.
Aujourd’hui, il faudrait presque un mode d’emploi pour savoir ce qui est gratuit.
Espérons au moins que celui-ci ne sera pas réservé aux abonnés.
