Nostalgie 60/70 passe de la webradio au DAB+ national. Pour NRJ Group, le pari est prudent : une marque puissante, un format peu coûteux, des dizaines de déclinaisons déjà testées sur Internet et un public fidèle à la radio linéaire.
Nostalgie 60/70 arrive sur le DAB+ métropolitain. ce n’est pas une nouvelle radio, elle existait déjà en tant que webradio.Nostalgie 60/70 : le risque en moins
Le DAB+ lui donne une autre dimension : celle d’une radio nationale hertzienne, accessible directement dans les voitures et sur les récepteurs compatibles, sans passer par une application.
Sur le papier, c’est un lancement. Dans les faits, c’est surtout une extension très prudente.
NRJ Group connaît parfaitement le terrain. La marque Nostalgie existe déjà. Le catalogue musical aussi. La programmation est essentiellement automatisée et la régie publicitaire est déjà en place.
Le groupe dispose surtout d’un immense laboratoire sur Internet. Le site de Nostalgie propose aujourd’hui 92 flux, en comptant l’antenne principale, soit 91 déclinaisons digitales.
À l’échelle de NRJ Group, ce sont environ 270 radios digitales qui sont proposées en France autour de NRJ, Nostalgie, Chérie FM et Rire & Chansons. Les idées de nouvelles radios ne manquent donc pas.
Nostalgie 60/70 est simplement l’une de celles qui quitte Internet pour gagner une vraie diffusion nationale en DAB+.
Le risque est d’autant plus contenu que NRJ Group possède TowerCast, l’un des grands opérateurs techniques du DAB+ en France, présent sur une partie des émetteurs du multiplex M1.
Tout ne reste pas dans la maison, puisque M1 utilise aussi des sites TDF, mais NRJ dispose d’un avantage industriel évident par rapport à un nouvel entrant qui devrait tout louer à l’extérieur.
Cela ne signifie évidemment pas que Nostalgie 60/70 ne coûte rien. Il faut participer aux frais du multiplex, assurer la diffusion et payer les droits musicaux. Mais on est très loin d’une radio qu’il faudrait créer de toutes pièces et faire connaître à partir de zéro.
Ce choix de l’Arcom fait d’ailleurs grincer quelques dents.
Certains estiment qu’en donnant cette fréquence nationale à une nouvelle déclinaison d’un grand groupe, le régulateur fragilise encore les indépendants, notamment Melody, présent depuis plusieurs années sur un positionnement proche.
La critique mérite d’être entendue, mais l’Arcom doit aussi vérifier qu’un candidat a les moyens financiers de tenir durablement sur un multiplex national.
Tout le paradoxe est là : favoriser la diversité sans attribuer une fréquence à un projet qui risquerait de disparaître faute de moyens.
Mais justement, cette nouvelle radio est en concurrence directe avec une autre radio présente sur le DAB+ : Melody. Cette radio indépendante développe depuis 2018 en DAB+ un format très proche, consacré aux années 60, 70 et 80. Mais elle a dû construire sa couverture progressivement, ville après ville.
Nostalgie 60/70 bénéficie, elle, d’un multiplex national, d’une marque extrêmement connue et de la puissance commerciale de NRJ Group. La concurrence n’est donc pas exactement à armes égales. Rien ne permet encore d’affirmer que Melody en souffrira, mais pour elle, l’arrivée du nouveau voisin n’a certainement rien d’anodin.
Le choix de la marque Nostalgie est d’ailleurs particulièrement logique. En France, Nostalgie fait partie des marques les plus solides du groupe et résiste bien dans un marché radio qui vieillit.
À l’inverse, NRJ, sa grande sœur historique, doit composer avec une évolution plus difficile : les jeunes écoutent moins la radio traditionnelle et passent davantage par Spotify, YouTube, les podcasts et les réseaux sociaux.
NRJ reste puissante, mais son terrain naturel est devenu plus compliqué. Nostalgie bénéficie d’un public plus âgé et plus fidèle à l’écoute linéaire.
Et le format fonctionne particulièrement bien à l’étranger. En Belgique francophone, Nostalgie est même régulièrement installée en tête des audiences.
Le choix des années 60 et 70 est donc doublement cohérent. Nostalgie s’est progressivement éloignée de cette période pour se concentrer sur des décennies plus récentes.
Nostalgie 60/70 récupère ainsi une partie du territoire musical abandonné par sa grande sœur. Claude François, Joe Dassin, Dalida, les Beatles ou les Rolling Stones retrouvent leur propre antenne.
Pour l’instant, la publicité y reste très discrète, voire presque absente à certains moments.
Le véritable test viendra donc plus tard : créer une audience suffisamment importante, éviter de simplement déplacer les auditeurs de Nostalgie vers Nostalgie 60/70, puis réussir à monétiser cette nouvelle antenne.
Pour NRJ Group, le pari reste assez peu risqué.
Une marque connue, une programmation peu coûteuse, une régie maison, un pied dans la diffusion et des dizaines de déclinaisons digitales déjà prêtes à servir de laboratoire.
Dans ces conditions, Nostalgie 60/70 ressemble moins à une aventure qu’à un ballon d’essai très bien sécurisé.
Article mis à jour le 7 octobre à 15h30
