Pendant des années, NRJ a combattu le développement du DAB+ en France, craignant l’arrivée de nouveaux concurrents. Aujourd’hui, sa filiale Towercast profite de cette technologie pour soutenir les résultats du groupe. Un retournement spectaculaire pour une entreprise qui avait même tenté de vendre son activité de diffusion.
Il y a des retournements assez spectaculaires dans l’histoire des médias. Celui de NRJ mérite qu’on s’y attarde.
Pendant des années, le groupe de Jean-Paul Baudecroux a freiné le développement de la radio numérique en France. Aujourd’hui, cette même technologie contribue à soutenir ses résultats financiers.
Pour comprendre, il faut remonter près de vingt ans en arrière.
À l’époque, NRJ est la première radio musicale française. Son puissant réseau de fréquences FM constitue un avantage considérable sur ses concurrents.
L’arrivée du DAB+ risque de remettre en cause cette domination en permettant à de nouvelles radios de se développer, sans avoir à obtenir les précieuses fréquences FM, devenues rares.
NRJ et les autres grands groupes privés ne veulent pas vraiment de cette concurrence supplémentaire. Ils défendent alors une autre technologie, le T-DMB, d’origine coréenne, qui permet notamment d’associer des images et des services aux programmes.
Problème, cette technologie est plus coûteuse et permet de diffuser moins de radios dans un même multiplex que le DAB+.
Autrement dit, elle présente aussi l’avantage de protéger les positions acquises en rendant l’arrivée de nouveaux concurrents plus difficile.
Les grands groupes obtiennent gain de cause. Fin 2007, le gouvernement retient le T-DMB comme norme principale de la radio numérique terrestre.
Seulement, le projet s’enlise et les grands réseaux réclament un moratoire en 2010. Deux ans plus tard, NRJ considère que l’autorisation du DAB+ serait une « fausse bonne idée ».
Les grands groupes refusent alors de participer au lancement de la radio numérique à Paris, Marseille et Nice.
Pendant ce temps, la véritable concurrence des radios musicales se développe ailleurs, sur Internet, avec Spotify, Deezer et les plateformes de streaming.
Autre paradoxe, NRJ utilise pourtant le DAB+ en Allemagne dès 2011. Là-bas, où les fréquences FM disponibles sont rares, la radio numérique devient un excellent moyen de développer son réseau Energy.
En France, le DAB+ risque de favoriser les concurrents. En Allemagne, il permet à NRJ de se développer. Tout est une question de point de vue.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, mais un autre épisode mérite d’être rappelé.
Pendant des années, NRJ Group a voulu se séparer de Towercast, sa filiale spécialisée dans la diffusion.
Un premier projet de cession est engagé en 2008. En 2017, le groupe remet Towercast en vente avec l’espoir d’en obtenir plus de 300 millions d’euros.
Aucune de ces tentatives n’aboutit. Heureusement pour NRJ.
Car les résultats financiers publiés le 5 novembre 2026 montrent une situation assez révélatrice.
Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires du pôle Médias recule de 7,8 %, tandis que celui du pôle Diffusion, essentiellement Towercast, progresse de 3,9 %.
La filiale revendique désormais 52,2 % du marché français de la diffusion DAB+. Cette activité, associée à la bonne tenue de la diffusion FM, compense une partie des difficultés publicitaires des radios du groupe.
Malgré un trimestre décevant, les analystes de Portzamparc maintiennent d’ailleurs leur recommandation d’achat sur NRJ Group.
Certes, le DAB+ ne sauve pas à lui seul NRJ, dont le chiffre d’affaires global continue de reculer. Mais la radio numérique est devenue l’un de ses relais de croissance.
Le groupe a même changé de stratégie puisqu’il développe désormais ses propres stations numériques, comme Nostalgie 60/70, arrivée sur le DAB+ national en octobre 2026.
Il y a vingt ans, NRJ craignait que la radio numérique facilite l’arrivée de nouveaux concurrents.
Aujourd’hui, sa filiale Towercast gagne de l’argent en diffusant notamment ces mêmes concurrents.
La technologie dont NRJ voulait freiner le développement est devenue une partie de la solution à ses difficultés économiques.
Et dire que le groupe a essayé de vendre Towercast à deux reprises !
