Après l’attaque des locaux de CNews, Europe 1 et du JDD, un collaborateur intermittent du groupe Mediawan a été mis à pied à titre conservatoire. La place accordée à des médias d’extrême droite comme Frontières dans l’univers Bolloré peut susciter colère et inquiétude. Mais le désaccord, même profond, ne justifie jamais les violences contre une rédaction.
On peut ne pas aimer CNews, Europe 1 ou le Journal du dimanche. On peut critiquer leurs choix éditoriaux, leurs journalistes et même leur propriétaire, Vincent Bolloré.
Mais cela ne donne pas le droit de s’en prendre à leurs locaux.
Le 17 octobre dernier, au petit matin, une centaine de personnes cagoulées ont pris pour cible l’immeuble du 15e arrondissement de Paris qui abrite ces trois rédactions. Accès au parking bloqué, projectiles, tags, vitres brisées.
Vingt et une personnes ont été interpellées dans un premier temps et, selon les informations rapportées par l’AFP, vingt-cinq ont été placées en garde à vue.
L’affaire prend aujourd’hui une tournure particulière. Parmi les personnes interpellées figurerait un chef monteur intermittent employé par une société de Mediawan Kids & Family, le pôle jeunesse du groupe Mediawan, l’un des principaux producteurs audiovisuels français, qui produit notamment C à vous et C dans l’air.
Mediawan a prononcé une mise à pied conservatoire et engagé une procédure interne, tout en condamnant sans réserve les violences. Précisons que cette mesure n’est pas une sanction définitive et que le salarié reste présumé innocent. Son rôle précis dans les faits reste à établir.
Mais au-delà de ce cas individuel, il y a une question de principe.
Car on peut comprendre l’exaspération que provoque la place de plus en plus importante accordée à certains médias d’extrême droite dans l’univers Bolloré. Prenons Frontières, ce média identitaire qui dispose désormais de sa propre émission sur CNews et dont le groupe Lagardère Média News est même devenu actionnaire minoritaire.
Voir un média aussi radical bénéficier d’une telle exposition peut légitimement choquer. D’ailleurs, cette proximité a suscité des critiques jusque dans les rangs des chroniqueurs de CNews et d’Europe 1.
Mais aussi difficile soit-il d’accepter cette évolution, elle ne peut justifier aucune violence. Il faut la combattre par les idées, les enquêtes, le débat public et les moyens démocratiques.
On peut saisir l’Arcom lorsque le pluralisme semble menacé, dénoncer les excès éditoriaux et contester les discours que l’on juge dangereux.
Mais pas casser des vitres ni intimider des journalistes.
La liberté de la presse ne peut pas dépendre de la sympathie que l’on éprouve pour un média. Elle s’applique aussi aux journaux, aux radios et aux télévisions dont on combat les idées.
C’est même dans ces circonstances qu’elle prend tout son sens.
Car lorsqu’on commence à considérer que certains médias ne méritent plus d’être protégés parce qu’on déteste ce qu’ils racontent, on ouvre une porte dangereuse. Aujourd’hui CNews, demain un journal de gauche, une radio associative ou un média indépendant.
La liberté de la presse ne se défend pas à géométrie variable.
Et la meilleure réponse à des idées que l’on juge inacceptables reste encore de leur opposer des arguments, pas des pavés.
