Premier groupe de télévision avec 29,4 % de part d’audience, plateforme france.tv en plein essor, France Télévisions présente un rapport d’activité 2025 éclatant. Ses comptes racontent une autre histoire, une perte nette de près de 31 millions d’euros, des recettes publicitaires en chute malgré des règles assouplies et des charges de personnel qui ne bougent presque pas.
France Télévisions vient de publier son rapport d’activité 2025. À sa lecture, on se demanderait presque pourquoi l’audiovisuel public traverse une période aussi difficile.
Le groupe reste le premier de France, avec 29,4 % de part d’audience. Sa plateforme france.tv attire près de 40 millions de visiteurs uniques par mois, en hausse de 14 %. Les programmes trouvent leur public, la création est soutenue, l’information est mise en avant. Bref, une année presque idéale.
À condition de ne pas regarder les comptes. En 2025, France Télévisions affiche une perte nette de près de 31 millions d’euros. Son chiffre d’affaires recule de 130 millions selon le groupe. Et après des Jeux olympiques exceptionnels, les recettes de publicité et de parrainage sont tombées de 504 à 395 millions d’euros.
Pourtant, ses autorisations publicitaires ont beaucoup progressé, du moins en apparence. La publicité reste interdite après 20 heures sur les antennes nationales depuis 2009, mais le parrainage a été assoupli, la publicité numérique s’est développée et de nouveaux secteurs ont été ouverts aux annonceurs. Selon une mission parlementaire, près d’un tiers des recettes publicitaires du groupe serait même réalisé après 20 heures.
Sur le papier, le service public peut donc vendre bien davantage. Dans les comptes, l’effet est modeste. Ses recettes publicitaires restent sous les 400 millions d’euros, quand elles approchaient 800 millions avant la réforme de 2009. Les autorisations ont beaucoup progressé, les recettes un peu, et certaines années pas du tout.
France Télévisions se retrouve ainsi dans une situation originale, financée par l’argent public, en quête d’annonceurs privés, et toujours à court de ressources.
Ses efforts sont réels. Les effectifs ont baissé de 212 équivalents temps plein en 2025 et le coût des antennes de 59 millions d’euros. Mais les charges de personnel restent quasiment stables, autour de 1,08 milliard. Moins de salariés, presque autant de dépenses.
Autre chiffre, le groupe consacre 351 millions d’euros aux divertissements et aux programmes de vie quotidienne, davantage qu’à la fiction et un peu plus qu’à l’information nationale. Proposer des émissions populaires est légitime. Mais quand le service public concurrence frontalement les chaînes privées, la question de sa spécificité se pose.
Car France Télévisions assume aussi des missions que le privé n’assure pas de la même manière, information régionale, Outre-mer, création, culture, éducation, accessibilité. Et ces missions ont un coût.
La question n’est donc pas de savoir si France Télévisions est utile. Elle l’est. Il s’agit de distinguer ce qui relève de ses missions essentielles et ce qui relève de la concurrence commerciale, puis de financer durablement les deux.
Le rapport d’activité le prouve, France Télévisions sait séduire les téléspectateurs. Ses comptes rappellent que cela ne suffit pas à équilibrer un budget.
C’est peut-être là toute la différence entre une chaîne publique et une chaîne privée. La première peut afficher de très bonnes audiences et perdre de l’argent. La seconde aussi, mais elle aura plus de mal à présenter cela comme une année de réussite.
