Ils avaient juré que chacun garderait jalousement ses programmes chez soi. Quelques années, quelques hausses de prix et quelques désillusions plus tard, Disney, Amazon et les autres recommencent à vendre à Netflix. Dans le streaming aussi, les grands principes résistent mal à la réalité des comptes.
Au départ, Netflix ressemblait presque au magasin où l’on trouvait tout. Disney, Warner, grands studios américains : la plateforme achetait des droits partout et réunissait tout dans un même abonnement.
Puis Netflix a rencontré le succès. Les propriétaires des programmes ont alors décidé de les exploiter eux-mêmes. Disney a lancé Disney+, les autres groupes ont développé leurs plateformes, chacun a récupéré son catalogue et chacun est parti de son côté.
Pour le consommateur, la conséquence a été simple : davantage d’abonnements, et des prix qui ont progressivement augmenté. Difficile désormais de s’abonner à tout.
L’histoire rappelle un peu celle de Canal+. Dans les années 1980, la chaîne proposait une offre cinéma très large. Puis la concurrence est arrivée, les droits se sont dispersés, les exclusivités sont devenues plus chères et il a fallu chercher les films ailleurs.
Le streaming suit aujourd’hui un chemin assez voisin.
Car après avoir expliqué qu’il fallait absolument garder ses programmes chez soi, les plateformes redécouvrent les avantages qu’il y a à les vendre aux autres.
Disney vient ainsi de conclure avec Netflix un accord portant notamment sur les cinq films « L’Âge de glace », les deux premières saisons de « Percy Jackson et les Olympiens » et, à partir de début 2027, plusieurs films Disney et Pixar.
Disney ne vide évidemment pas Disney+. Les programmes restent disponibles dans son univers et certaines fenêtres accordées à Netflix sont très courtes. « Percy Jackson », par exemple, arrive sur Netflix pour trois mois alors que la troisième saison doit être lancée sur Disney+. Même logique pour « L’Âge de glace », remis en circulation avant la sortie du prochain film au cinéma.
Netflix devient donc, avec une certaine ironie, une vitrine pour son concurrent.
Amazon fait aussi circuler certaines de ses productions. « Le Maître du Haut Château », longtemps emblématique de Prime Video, est ainsi arrivé sur Netflix dans de nombreux pays.
Il y a quelques années, cela aurait semblé contradictoire. Aujourd’hui, cela ressemble surtout à de la bonne gestion.
Car exploiter seul un programme reste un pari. On espère qu’il recrutera ou conservera des abonnés, sans jamais savoir précisément combien il rapportera. Le vendre à un concurrent offre une certitude beaucoup plus simple : le chèque est encaissé. Et si le programme est déjà amorti, il peut rapporter une nouvelle fois tout en restant parfois disponible chez son propriétaire.
Les grandes résolutions étaient plus faciles à tenir lorsque chacun pensait pouvoir conquérir seul la planète.
Quelques années et quelques hausses de prix plus tard, les portes se rouvrent.
Disney revient chez Netflix.
Amazon aussi.
Et Netflix retrouve peu à peu ce qui avait fait une partie de son succès : rassembler les programmes des autres.
Le streaming devait réinventer la télévision. Il redécouvre surtout une vieille règle du commerce audiovisuel : vendre soi-même peut rapporter beaucoup, mais vendre à quelqu’un d’autre garantit au moins d’avoir un client.
