La visite de Léon XIV a permis à France Télévisions de toucher plus de 23 millions de personnes. Mais derrière le succès d’audience, une question reste sans réponse : combien ont coûté les 40 heures d’antenne, les 130 caméras et la production du signal international, au moment où le groupe public doit réaliser 140 millions d’euros d’économies ?
Plus de 23 millions de personnes ont été touchées par les antennes et plateformes du groupe public entre le 25 et le 28 septembre, selon Médiamétrie.
Attention toutefois : il s’agit d’une couverture cumulée au seuil de dix secondes, et non de 23 millions de téléspectateurs réunis devant leur écran au même moment.
Mais au-delà de l’audience, une autre question mérite désormais d’être posée : combien cette couverture exceptionnelle a-t-elle coûté à France Télévisions ?
Car le dispositif était considérable.
Près de 40 heures de diffusion sur les antennes, environ 130 caméras déployées à Paris, Lourdes et Metz et quelque 35 heures de direct produites pour le signal international.
France Télévisions n’était d’ailleurs pas seulement chargée de couvrir l’événement pour ses propres chaînes.
La Conférence des évêques de France lui avait confié la production du signal international, ensuite distribué via l’Union européenne de radio-télévision et repris, selon le groupe public, par 74 chaînes dans 54 pays.
Cela explique en partie l’importance des moyens mobilisés.
Mais cela ne répond pas à la question du coût.
À ce jour, France Télévisions n’a communiqué ni le montant de cette production exceptionnelle, ni la part éventuellement prise en charge par les organisateurs, ni les éventuelles recettes liées à la fourniture du signal aux diffuseurs étrangers.
Il faut donc éviter d’affirmer que France Télévisions a « revendu » ses images : publiquement, le groupe parle d’un signal mis à disposition des autres diffuseurs.
La question financière est d’autant moins anecdotique que France Télévisions traverse précisément une période de fortes contraintes budgétaires.
Pour son budget 2026, le groupe a dû engager un effort de 140 millions d’euros afin de présenter des comptes à l’équilibre, dans un contexte où la question des économies et des choix de programmes est omniprésente.
Et l’ordre de grandeur de la visite papale elle-même donne une idée de ce que représente l’organisation d’un tel événement.
La Conférence des évêques de France a évalué à 27 millions d’euros le coût des quatre jours de visite de Léon XIV, dont environ 20 millions pour la seule étape parisienne.
Cette somme est financée par l’Église et les dons, hors coût du dispositif de sécurité relevant de l’État.
Bien entendu, ces 27 millions ne correspondent pas au coût télévisuel et il serait abusif de mettre les deux sommes sur le même plan.
Mais ils permettent de mesurer l’importance logistique et financière d’un événement de cette dimension.
Reste donc la question centrale.
Que France Télévisions couvre largement la visite du pape relève sans difficulté de sa mission de service public : il s’agissait à la fois d’un événement religieux, diplomatique et national.
Que le service public en assure également le signal international peut aussi se comprendre compte tenu de ses moyens techniques et de son expérience des grands directs.
Mais au moment où France Télévisions explique devoir économiser 140 millions d’euros, il serait logique de connaître précisément le coût de ces quatre jours de couverture.
Le débat n’est donc pas vraiment de savoir si le service public devait être présent.
Il est de savoir combien il a dépensé pour l’être, qui a payé quoi et si une partie de l’investissement a été compensée par la production du signal international.
Pour l’instant, sur ce point, le chiffre le plus intéressant est précisément celui que France Télévisions ne donne pas.
