L’hypothèse d’un passage de 10 à 20 % de la TVA applicable à la télévision linéaire fait réagir Canal+, mais aussi les organisations du cinéma français. Et c’est parfaitement logique : leurs intérêts sont directement liés.
Canal+ estime qu’une telle modification fiscale lui coûterait environ 200 millions d’euros par an et étudie plusieurs réponses possibles, parmi lesquelles une hausse des abonnements, des économies et une réduction de ses investissements dans le cinéma.
Mais le point essentiel est ailleurs.
Le nouvel accord signé le 27 juillet entre Canal+ et les organisations professionnelles prévoit 980 millions d’euros d’investissements dans le cinéma français et européen entre 2028 et 2032, soit 196 millions d’euros par an en moyenne.
Or cet accord contient, selon Les Échos, une clause liée au maintien de la TVA à 10 %, permettant de suspendre les engagements si le taux devait augmenter.
Autrement dit, la question fiscale n’est pas périphérique : elle touche directement à l’accord qui garantit une partie importante du financement futur du cinéma.
On comprend dès lors pourquoi les organisations professionnelles se mobilisent à leur tour et alertent Emmanuel Macron.
Canal+ reste en effet un financeur majeur du cinéma français.
En 2025, le groupe a apporté 155,6 millions d’euros aux films d’initiative française, soit environ 14 % de leur financement total et près de 43 % de l’ensemble des investissements provenant des diffuseurs.
Le cinéma ne dépend donc évidemment pas uniquement de Canal+, mais aucun autre diffuseur pris individuellement n’a le même poids.
La crainte est simple : si l’État récupère davantage de TVA auprès de Canal+, le groupe pourrait chercher à récupérer ailleurs tout ou partie des quelque 200 millions d’euros supplémentaires qu’il estime devoir supporter.
Les abonnés pourraient en payer une partie à travers une augmentation des tarifs.
Les salariés pourraient également être concernés par des économies.
Et le cinéma pourrait voir diminuer les investissements promis.
Il serait abusif d’affirmer que 200 millions d’euros de TVA supplémentaire signifieraient automatiquement 200 millions de moins pour les films.
Mais l’existence même d’une clause conditionnant l’accord de 980 millions d’euros au maintien de la TVA à 10 % change nettement la lecture du dossier.
Canal+ défend sa rentabilité.
Le cinéma défend l’un de ses principaux financeurs.
Et, pour une fois, les deux parlent exactement le même langage : celui de l’argent.
