Alors que RCF et Radio Notre-Dame achèvent leur fusion en France pour consolider leur réseau et mutualiser leurs moyens, la situation est beaucoup plus inquiétante en Belgique.
Après l’arrêt de 1RCF Belgique en janvier, RCF Bruxelles s’apprête à son tour à rendre l’antenne, privée du soutien financier de l’archevêché.
Le contraste est assez saisissant.
En France, RCF et Radio Notre-Dame ont choisi de se rapprocher pour renforcer leur modèle.
Grille commune depuis septembre 2024, fusion opérationnelle en 2025, nouvelle marque RCF Notre Dame et nouveau directeur général, Emmanuel Rials, arrivé en mars 2026. La stratégie consiste à réduire les doublons tout en conservant un réseau de 65 radios locales.
En Belgique, le mouvement semble presque inverse.
RCF Bruxelles cessera d’émettre le 31 janvier 2027.
Et ce n’est pas le CSA belge qui lui retire sa fréquence.
Son autorisation sur le 107.6 à Bruxelles court jusqu’en 2028.
Le problème est d’abord financier.
L’archevêché de Malines-Bruxelles a décidé de supprimer une subvention annuelle de 32 000 euros et de ne plus participer aux salaires de trois des quatre salariés de la station, tous à temps partiel.
Pour une radio qui vit principalement de dons et de legs, le choc est considérable.
L’archevêque, Mgr Luc Terlinden, avance aussi un autre argument, l’audience. Selon lui, celle de RCF Bruxelles est trop faible pour apparaître dans les mesures officielles. L’équipe, qui s’appuie sur 80 bénévoles, dénonce une décision prise sans concertation.
RCF Bruxelles n’est pourtant pas simplement un relais de la radio française.
C’est une association belge autonome, créée il y a trente ans pour produire l’essentiel de son programme localement, tout en appartenant au réseau RCF et en diffusant certains de ses programmes.
Sa disparition serait donc bien celle d’une véritable radio bruxelloise.
Et surtout, elle arrive après une première alerte majeure.
Le 25 janvier 2026, 1RCF Belgique, l’antenne nationale diffusée en DAB+, avait déjà cessé d’émettre.
Les évêques francophones avaient alors choisi de mettre fin à leur soutien et de transférer ses moyens vers CathoBel, le groupe multimédia catholique, pour privilégier le numérique et les jeunes. La plupart des permanents de 1RCF ont rejoint CathoBel.
En quelques mois, le paysage RCF belge s’est donc sérieusement rétréci. Sur la bande FM, ne subsisteront plus que RCF Liège et RCF Sud Belgique à Namur.
En France, la situation est différente, mais le problème de fond n’est pas totalement étranger.
Le réseau repose largement sur des associations locales dont les budgets combinent dons des auditeurs, soutien des diocèses, subventions publiques comme le Fonds de soutien à l’expression radiophonique et quelques recettes commerciales.
Ce modèle permet de maintenir une présence locale importante, mais il reste fragile.
La fusion avec Radio Notre-Dame peut précisément être lue comme une réponse à cette fragilité.
Produire deux matinales, deux grilles nationales, deux structures techniques ou deux offres numériques coûte cher.
Les réunir permet théoriquement d’économiser des moyens tout en conservant davantage d’antennes.
La Belgique a choisi une autre voie.
Face aux difficultés financières, les institutions catholiques réduisent directement leur engagement dans la radio.
La France tente pour l’instant de préserver le média en le regroupant.
RCF Notre Dame apparaît donc aujourd’hui plus solide et plus concentrée en France au moment même où le réseau RCF se délite en Belgique.
La différence de stratégie est nette.
Mais l’avertissement belge mérite d’être observé de près. D’autant que l’archevêque de Malines-Bruxelles affirme que les radios RCF perdent aussi fortement des auditeurs en France. RCF Notre Dame revendique pour sa part 1,35 million d’auditeurs chaque semaine.
Car derrière les différences d’organisation, une même question se pose des deux côtés de la frontière. Combien coûte encore une radio locale, avec des studios, des journalistes, des animateurs et des émetteurs, à l’heure où une partie croissante de l’écoute se déplace vers les podcasts et les plateformes numériques ?
En France, RCF répond pour l’instant par la mutualisation.
En Belgique, on commence à répondre en éteignant les émetteurs.
