Merci Elon, l’Europe vient de (re) découvrir le satellite
Il suffit parfois qu’Elon Musk avance d’une case pour que l’Europe découvre soudain qu’elle aussi possède un échiquier.

Orange, Deutsche Telekom, Vodafone et Telefónica envisagent aujourd’hui une alliance dans le satellite.
L’information, révélée par Bloomberg, reste au stade des discussions préliminaires.
Mais le signal est clair.
Starlink a pris de l’avance dans le Direct-to-Device, cette technologie qui permettra à un téléphone de communiquer directement avec un satellite lorsqu’il n’y aura plus de 4G ou de 5G.
Et, comme souvent, l’Europe réagit une fois que l’Américain a déjà démarré.
Les fréquences européennes de la bande des 2 GHz avaient été attribuées en 2009 à Inmarsat et Solaris, aujourd’hui respectivement sous le contrôle de Viasat et EchoStar.
Leurs autorisations expirent en mai 2027, avec la possibilité d’une prolongation transitoire de deux ans.

Bruxelles propose désormais de redistribuer le jeu.
Un tiers du spectre serait réservé aux communications gouvernementales, un autre à un nouvel entrant répondant à de strictes conditions européennes, tandis que le dernier resterait ouvert aux acteurs européens comme étrangers.
Il faudra encore l’accord du Parlement européen et du Conseil, et la sélection pourrait se prolonger jusqu’en 2029.
Pas exactement la vitesse Starlink.
Le plus amusant est que les opérateurs européens travaillent déjà avec les Américains.
Deutsche Telekom avec SpaceX.
Vodafone avec AST SpaceMobile.
Orange avec plusieurs partenaires européens et nord-américains.
Le cas Vodafone est particulièrement savoureux.
Sa coentreprise à 50-50 avec AST SpaceMobile pourrait justement ne pas être assez européenne pour bénéficier du bloc réservé aux nouveaux entrants européens.
L’Europe découvre donc qu’elle veut de la souveraineté, mais qu’elle a déjà construit une partie de ses alliances avec ceux dont elle cherche aujourd’hui à moins dépendre.
Pendant ce temps, SpaceX continue d’avancer.
Le groupe a signé un accord pour acquérir des fréquences américaines d’EchoStar destinées notamment à développer Starlink Direct-to-Cell.
La FCC a déjà donné son feu vert.
Emmanuel Macron appelle désormais à créer rapidement une alliance européenne du Direct-to-Device capable de proposer une offre d’ici 2030.
L’objectif est légitime.
Le calendrier l’est un peu moins.
Car pendant que l’Europe prépare ses règlements, répartit ses tiers, vérifie les nationalités des actionnaires et organise ses procédures, Musk lance des satellites.
Le danger n’est pas que Starlink remplace demain Orange, Vodafone ou Deutsche Telekom.
Il est que l’Europe conserve ses antennes et sa fibre tout en laissant à un acteur américain la maîtrise de leur prolongement satellitaire.
Il aura donc fallu qu’Elon Musk bouge pour que l’Europe se mette, enfin, à suivre.
Comme souvent, la souveraineté européenne commence par une réaction.
