Enterré en mars par TF1, promis à une seconde vie sur les réseaux sociaux, Téléfoot est finalement revenu à l’antenne le 6 septembre pour sa cinquantième saison. Entre les deux, aucun miracle, seulement un contrat d’images renégocié, une plateforme qui a besoin de publicité et un partenaire qui accepte de partager la note. Récit d’un sauvetage dont personne ne veut donner le prix.
Il existe peu de secteurs où l’on peut annoncer un enterrement, fixer la date des obsèques, puis constater que le défunt fait sa rentrée.
La télévision est l’un d’eux.
Le 24 mars, TF1 officialisait l’arrêt de Téléfoot, dernier numéro prévu le 14 juin, après quarante neuf saisons.
Le 6 septembre, Téléfoot était à l’antenne, à 10 h 50, pour sa cinquantième saison.
Entre les deux, il ne s’est rien passé de spectaculaire, sinon une renégociation. La version officielle du printemps était pourtant impeccable. TF1 ne renonçait pas au sport, TF1 se modernisait. Le dimanche matin devait accueillir une émission multisports, plus large, plus contemporaine, ouverte au rugby, cette discipline que le groupe redécouvre chaque fois qu’il perd des droits de football.
Car TF1 n’avait obtenu ni la Coupe du monde 2026 en clair, revenue à M6, ni de matchs auprès de cette dernière.
La marque Téléfoot, elle, était promise à TF1+ et aux réseaux sociaux, ce purgatoire moderne où l’on envoie les programmes dont on ne veut plus dire qu’on les supprime.
Puis les images de Ligue 1 ont changé de prix, et la modernité a pu attendre un an. TF1 avait activé une clause pour sortir du contrat signé en 2024 avec LFP Media, environ 1 million d’euros par an. La chaîne est ensuite retournée négocier avec la filiale commerciale de la Ligue.
Le nouvel accord n’a pas été chiffré publiquement. Personne ne dit combien cela coûte, tout le monde dit que c’est un beau projet éditorial.
Retenons donc la seule certitude disponible : les images sont restées, et l’émission avec elles. La Ligue, de son côté, n’avait aucune raison de laisser mourir une vitrine gratuite.
Ligue 1+ avait franchi le million d’abonnés dès son premier mois, atteignant en quatre semaines l’objectif fixé pour toute la saison, ce qui fut célébré comme il se doit.
Le chiffre a ensuite plafonné, puis est redescendu vers ce même million au printemps, et il en faudrait environ le double pour que le modèle rapporte vraiment aux clubs. La plateforme qui devait rendre la télévision gratuite accessoire avait donc besoin de la télévision gratuite pour se faire connaître.
C’est la beauté de la période : le futur passe à l’antenne le dimanche matin, juste après Automoto.
Le groupe L’Équipe a complété le dispositif.
Téléfoot reste sur TF1 à 10 h 50, Téléfoot, l’After prend le relais à 11 h 50 sur le canal 21, avant une mise à disposition sur TF1+. Le second magazine est produit par la direction des sports de TF1 avec L’Équipe, journalistes et consultants mélangés.
Deux rédactions, une marque, aucun partage financier communiqué. On appelle cela une mutualisation des moyens, ce qui est la formule polie pour dire que personne ne voulait payer seul.
Ajoutons le calendrier, qui a sa part dans l’affaire.
Supprimer Téléfoot l’année de ses cinquante ans aurait offert un symbole difficile à porter pour une chaîne qui insiste beaucoup, par ailleurs, sur la puissance de ses marques.
TF1 avait déjà prêté ce nom à Mediapro pour sa chaîne payante lancée en août 2020. L’accord de sortie avec la Ligue fut validé le 22 décembre 2020, la chaîne s’est éteinte le 8 février 2021, et TF1 a récupéré son enseigne un peu noircie.
Maintenir le magazine, c’est aussi rappeler à qui appartient la plaque. Reste l’audience, qui a le mauvais goût d’être un chiffre. Le 6 septembre, Téléfoot a réuni 570 000 téléspectateurs et 14,3 % du public.
La part d’audience tient, le volume est très inférieur aux quelque 800 000 fidèles de la saison précédente. C’est un score qui autorise à parler de rentrée réussie sans jamais préciser par rapport à quoi.
Il y a enfin eu la polémique, indispensable à toute rentrée.
Gilbert Brisbois, qui présente L’After Foot sur RMC depuis 2006, a interpellé publiquement L’Équipe sur le choix du titre : « Vous êtes sérieux ? » La question méritait d’être posée, sur le nom comme sur le reste.
Au bout du compte, Téléfoot n’a pas été sauvé par la nostalgie, ni par une subvention, ni par un mystérieux mécène. Il a été sauvé par un contrat d’images renégocié, par le besoin de promotion d’une plateforme, par un partenaire qui partage la note et par un anniversaire mal placé.
Et par cette évidence que le football français redécouvre tous les cinq ans, en général après une catastrophe : pour parler à tout le monde en même temps, il faut encore passer par la télévision gratuite.
