Lors la conférence de rentrée d’ARTE, Bruno Patino a fait de l’intelligence artificielle le sujet central, non comme promesse technologique mais comme menace de disparition. Depuis l’arrivée du Mode IA de Google en France, l’accès aux programmes passe de plus en plus par des machines qui répondent au lieu d’orienter. Le président du directoire d’ARTE France oppose à cette bascule un contre modèle fondé sur la création, l’affinité européenne et la confiance du public.
Il y a des conférences de rentrée où l’on annonce des grilles. Celle d’ARTE a surtout servi à poser une question, et elle n’est pas confortable : que devient une chaîne culturelle quand ce n’est plus le public qui la cherche, mais une machine qui décide de la citer ou pas ?
Bruno Patino, président du directoire d’ARTE France et vice-président d’ARTE GEIE, ne parle plus de l’intelligence artificielle au futur. Depuis le 22 juillet dernier, Google a ouvert en France son Mode IA et ses Aperçus IA, sur ordinateur, sur mobile et dans l’application. Autrement dit, la recherche ne renvoie plus vers des contenus, elle produit une réponse. Et une réponse, par construction, choisit.
Sa manière de raconter l’histoire de l’accès aux programmes tient en quatre mots : le bouton, la télécommande, l’algorithme, l’agent. Dans deux ou trois ans, estime-t-il, on commencera sa soirée en parlant à une machine plutôt qu’en ouvrant une application. D’où sa formule, qui vaut programme de mandat : « Comment faire pour que cette machine ne nous invisibilise pas ? »
La question n’est pas seulement technique, elle est industrielle. Quelques acteurs numériques ambitionnent de devenir l’interface unique entre le public et les images, pendant que se déverse ce que Patino appelle le slop IA, cette marée de contenus fabriqués à la chaîne, désormais installée jusque dans le débat politique et géopolitique. Il en tire deux interrogations qui devraient intéresser tout le secteur. Les médias auront-ils encore les moyens économiques de produire des images différentes, porteuses de sens, capables de rester en mémoire ? Et le public aura-t-il encore le temps, les outils et l’envie d’aller les chercher ?
La réponse d’ARTE tient en trois principes : le réseau plutôt que le silo, l’affinité plutôt que la puissance, l’adaptation aux nouveaux usages. Traduction : miser sur les créateurs, sur les télévisions partenaires, sur les publics européens, et occuper les nouvelles formes de diffusion plutôt que de les regarder passer. Il ne s’agit donc pas de refuser l’IA, mais d’entrer dans cette économie de la relation sans se dissoudre dans la réponse d’un agent conversationnel.
Reste l’indicateur que Bruno Patino dit surveiller davantage que la seule audience quantitative : la confiance. Elle ne se décrète pas, elle se prouve chaque jour par la qualité, l’intégrité et l’ambition des programmes. C’est à ce prix, dit-il, qu’ARTE restera « la maison de ceux qui créent ».
