Mouv’ a quitté la FM lundi 31 août à 21 heures, sans véritable adieu à l’antenne. Après Radio 7, ce nouvel échec montre la difficulté de Radio France à installer durablement une radio pour les jeunes face aux réseaux privés et aux modèles publics étrangers.
Mouv’ a quitté la FM ce lundi 31 août. Et c’est dommage.
L’arrêt était attendu à minuit. Les émetteurs ont finalement été coupés vers 21 heures. Comme cela, sans véritable au revoir à l’antenne, sans émission spéciale, sans retour sur vingt-neuf ans d’histoire et sans dernière voix pour saluer les auditeurs.
Mouv’ continue provisoirement à émettre en DAB+. Mais cette diffusion doit également s’arrêter pour laisser sa place à Mon Petit France Inter. Le remplacement n’a toutefois pas encore eu lieu.
Il restera ensuite une webradio entièrement musicale sur l’application et le site de Radio France.
Il faut reconnaître que Mouv’ était déjà devenue une antenne presque vide. Quelques rendez-vous musicaux avaient subsisté pendant l’été, puis la programmation s’était progressivement réduite à une playlist.
Mais une radio ne devrait pas disparaître comme on interrompt un flux musical.
Certains d’entre vous ne connaissaient peut-être même pas son existence. Mouv’ ne disposait que de 31 fréquences FM, essentiellement dans les grandes villes. Sa diffusion en DAB+ avait élargi sa couverture, mais trop tard pour lui permettre de devenir une véritable habitude nationale.
L’histoire avait pourtant commencé avec de grandes ambitions, le 17 juin 1997 à Toulouse. Radio France voulait installer une antenne capable de parler aux jeunes, de leur faire découvrir de nouveaux artistes et de les rapprocher du service public.
Enfin, ou plutôt à nouveau. Car Mouv’ était déjà la deuxième tentative.
La première s’appelait Radio 7. Lancée le 2 juin 1980 à Paris, elle proposait du rock, de l’information, des émissions spécialisées et un ton beaucoup plus libre que celui des grandes antennes publiques.
Radio 7 avait d’abord profité du monopole de Radio France sur la FM. Mais après 1981, les radios libres sont devenues légales. NRJ, RFM, Radio Nova, Skyrock ou Fun Radio ont rapidement occupé le terrain. Sans oublier les radios privées régionales et bien évidement les radios associatives.
Restée parisienne, Radio 7 n’a pas résisté. Elle s’est arrêtée le 20 février 1987. Quelques mois plus tard, ses locaux et sa fréquence ont servi au lancement de France Info.
Dix ans après, Radio France recommençait avec Le Mouv’.
Le premier handicap était considérable. Face à NRJ, Fun Radio ou Skyrock, Mouv’ se présentait comme une radio nationale sans disposer d’un véritable réseau national.
Le deuxième problème fut son instabilité. Rock, musique alternative, radio généraliste pour les jeunes, mélange d’information et d’humour, puis hip-hop et cultures urbaines à partir de 2015.
À chaque changement, la station espérait conquérir un nouveau public, mais risquait aussi de perdre celui qu’elle avait commencé à fidéliser.
Contrairement à ce que l’on affirme parfois, Mouv’ avait dépassé 1 % d’audience cumulée au milieu des années 2000. Mais cette embellie n’a pas duré.
À la fin de 2021, elle avait encore atteint 484 000 auditeurs quotidiens et 0,9 % d’audience cumulée. Au printemps 2026, elle était retombée à 0,5 %.
Mouv’ n’a pourtant pas été inutile. Elle a donné une place aux cultures urbaines dans le service public, créé Hip Hop Symphonique et servi de laboratoire à de nombreux journalistes, animateurs et artistes.
Son échec n’était pas davantage inévitable. BBC Radio 1 au Royaume-Uni ou Couleur 3 en Suisse montrent qu’une radio publique destinée aux jeunes peut durer.
Mais il faut une couverture solide, une identité immédiatement reconnaissable, des animateurs puissants et une stratégie numérique qui prolonge la radio au lieu de la remplacer.
Mouv’ n’est donc pas encore totalement sortie des ondes. Le DAB+ continue provisoirement de la diffuser et son flux musical survivra sur Internet.
Mais une playlist, même bien programmée, n’est pas une radio.
Radio 7 avait tenu moins de sept ans. Mouv’ en aura vécu vingt-neuf. Elle aura révélé des talents et accompagné des cultures longtemps négligées.
Mais face à des radios privées mieux installées et dotées de marques puissantes, Mouv’ n’a jamais trouvé la couverture, l’identité et surtout la stabilité nécessaires pour s’imposer.
Elle n’aura pas davantage réussi à tenir aussi solidement que ses consœurs publiques étrangères, BBC Radio 1 au Royaume-Uni ou Couleur 3 en Suisse.
Mouv’ c’est donc fini.
pas certain que Radio France se lance dans le future un nouvelle fois sur la cible jeune.
Par contre, elle croit aux beaucoup plus jeunes. Mon petit France Inter doit faire désormais ses preuves et il n’est pas certain que des podcasts à succès permettent de préréniser une radio à temps complet.
