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Presse

Bauer relance Télé 7 Jours, après quatre-vingts ans d’histoire

Serge SurpinBy Serge Surpinaoût 29, 2026Aucun commentaire5 Mins Read
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Bauer Media lance le 31 août une nouvelle formule de Télé 7 Jours, élargie au streaming, au cinéma, à la musique et à l’art de vivre. Huit mois après avoir repris le titre, le groupe allemand tente de redonner une utilité à un magazine qui a perdu les trois quarts de sa diffusion en un quart de siècle.

Bauer Media lance le 31 août une nouvelle formule de Télé 7 Jours.

L’occasion de rappeler ce qu’était ce titre, aujourd’hui diffusé à 630 903 exemplaires, mais qui fut pendant des décennies l’un des géants de la presse française.

Tout commence en 1944 avec Radio 44, édité par la Sofirad. Le titre change plusieurs fois de nom avant de devenir Télé 7 Jours en 1960, après son rachat par Jean Prouvost.

La progression est spectaculaire.

Le million d’exemplaires est franchi au début des années 1960, les deux millions en 1965. Le magazine culmine à 2 800 000 exemplaires en 1974 et se maintient autour de 3 millions dans les années 1980. Télé 7 Jours ne vend alors pas seulement des programmes. Il devient une institution, allant jusqu’à créer les 7 d’Or en 1985.

Hachette rachète la pépite en 1976, quelques années avant que Jean-Luc Lagardère ne prenne le contrôle du groupe.

Puis vient l’érosion.

À la fin des années 1990, le magazine diffuse encore 2 606 000 exemplaires. Il tombe à 1 225 642 en 2014, puis à 630 903 en 2025. En un quart de siècle, les trois quarts de la diffusion ont disparu. Internet, les box, la multiplication des chaînes et le streaming ont évidemment bouleversé le marché.

Mais la chronologie mérite qu’on s’y arrête.

Entre 1974 et 1999, Télé 7 Jours ne perd presque rien, moins de 10 % en vingt-cinq ans, alors même que Télé Z, Télé Loisirs et le supplément gratuit TV Magazine sont déjà là. Le titre encaisse.

L’effondrement se concentre donc presque exactement sur les vingt dernières années de la détention Lagardère. Le groupe a exploité le magazine sans jamais lui financer sa mutation.

Le prix de cession dit le reste. Le 14 février 2019, Lagardère solde l’essentiel de sa presse magazine française à Czech Media Invest, Elle, Version Femina, Art & Décoration, Télé 7 Jours, France Dimanche, Ici Paris et Public, pour 52 millions d’euros, alors que cet ensemble avait dégagé 239 millions de chiffre d’affaires et près de 22 millions de résultat opérationnel courant l’année précédente.

Deux fois et demie le résultat annuel. On ne solde pas ainsi un actif dans lequel on croit encore.

Le groupe se recentrait sur l’édition et le travel retail, ce qui est une manière élégante de dire que la presse n’était plus un métier mais une ligne comptable.

Six ans plus tard, CMI revend à son tour, et Bauer Media prend le contrôle effectif du titre le 31 décembre 2025.

Mais la difficulté de Télé 7 Jours tient aussi à son positionnement.

Télérama a pu traverser la révolution numérique en restant d’abord un magazine culturel, avec une identité éditoriale forte, dont la télévision n’est qu’un territoire parmi d’autres.

Télé 7 Jours part d’un autre endroit.

Son lectorat est plus large, plus populaire, et historiquement venu chercher d’abord un guide pratique des programmes. Or cette fonction a précisément été absorbée par les box, les moteurs de recherche et les plateformes.

Transformer Télé 7 Jours en une sorte de Télérama populaire serait d’ailleurs très coûteux.

Un véritable magazine culturel exige davantage de journalistes, de critiques, de reportages et de contenus produits en propre. Il faudrait donc augmenter les coûts éditoriaux au moment même où la diffusion papier recule. Et rien ne garantit que le lectorat historique suivrait.

Mais Bauer affronte un obstacle plus redoutable encore.

Car la question n’est plus seulement de savoir ce qu’il faut mettre dans Télé 7 Jours. Il faut aussi donner une raison d’acheter chaque semaine un journal qui parle de télévision et de loisirs, alors que les programmes sont accessibles gratuitement partout, que les plateformes recommandent elles-mêmes leurs contenus et que l’information culturelle circule en permanence sur les sites et les réseaux sociaux.

Télé Loisirs a en partie contourné cette impasse en devenant une marque numérique très puissante, dont l’audience dépasse aujourd’hui les 22 millions de personnes.

Bauer doit donc résoudre une équation délicate : enrichir Télé 7 Jours sans en faire un coûteux Télérama bis, moderniser son lectorat sans perdre celui qui continue à l’acheter, développer le numérique et surtout redonner une utilité au magazine papier lui-même.

La nouvelle formule élargit désormais Télé 7 Jours au streaming, au cinéma, à la musique, aux livres et à l’art de vivre.

Le pari est clair.

Il ne s’agit plus seulement de dire ce qui passe ce soir. Il faut convaincre que Télé 7 Jours peut encore aider à choisir ce qui mérite d’être regardé.

Autrement dit, retrouver une autorité de prescription.

Or cette autorité, le magazine l’a possédée pendant dix-huit ans, avant d’y renoncer en 2003, le jour où il a cessé de remettre les 7 d’Or.

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Serge Surpin
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