LCI avait l’exclusivité du premier grand débat de la présidentielle 2027 organisé par le Medef. BFMTV a tenté d’en diffuser des séquences en direct avant de se faire couper le son. Une bataille de droits qui s’est aussi jouée dans les audiences, largement à l’avantage de LCI.
BFMTV face à LCI : l’exclusivité du débat se termine par un KO d’audience
Ce n’était pas un simple débat politique. Jeudi 27 août, les sept principaux candidats à la présidentielle de 2027 étaient réunis sur le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros pour la plénière de clôture de la Rencontre des entrepreneurs de France du Medef : Jean-Luc Mélenchon, Bruno Retailleau, Gabriel Attal, Marine Le Pen, Raphaël Glucksmann, Marine Tondelier et Édouard Philippe. Un premier grand débat de la campagne, consacré notamment à la dette, aux retraites, à la fiscalité et à l’économie. (Ozap)
LCI en avait obtenu l’exclusivité de la diffusion en direct. Mais quelques minutes après le début de l’émission, les téléspectateurs de BFMTV ont eux aussi découvert des séquences du débat.
L’affaire est plus subtile qu’une simple captation sauvage. BFMTV explique avoir déployé son dispositif « en toute transparence avec l’organisateur ». La chaîne disposait de ses propres moyens de captation tandis que le son était fourni par le Medef. C’est précisément ce signal sonore qui a finalement été coupé lorsque l’organisation a fait respecter l’accord d’exclusivité conclu avec LCI. (Ozap)
BFMTV souligne que l’année précédente, le signal de la REF était librement accessible et que plusieurs chaînes, notamment BFMTV et franceinfo, avaient pu retransmettre les débats. Mais cette fois les règles avaient changé : le Medef avait vendu ou concédé l’exclusivité du direct à LCI.
Les autres médias n’étaient pas pour autant interdits de couverture. Ils pouvaient tourner leurs propres images et les exploiter après le débat. Ce qu’ils ne pouvaient pas faire était proposer simultanément leur propre retransmission en direct.
Le droit à l’information ne permet d’ailleurs pas automatiquement de contourner une telle exclusivité. L’article 20-4 de la loi du 30 septembre 1986 étend aux événements de toute nature présentant un grand intérêt pour le public le droit aux brefs extraits. Mais la délibération du CSA n° 2014-43 précise les limites de ce droit : les extraits sont prélevés dans le programme du détenteur des droits et leur diffusion ne peut intervenir qu’après la fin de sa première diffusion. Leur durée est en outre limitée à 1 minute 30 par heure d’antenne pour un même événement. (Légifrance)
Autrement dit, ce droit aux extraits ne crée aucun droit à organiser une retransmission concurrente pendant que l’événement est encore en direct.
Et l’exclusivité avait une valeur considérable, comme le montrent les audiences.
De 16h45 à 20h, le débat a réuni en moyenne 1,03 million de téléspectateurs sur LCI, soit 11 % de part d’audience. Pendant toute la durée du rendez-vous, LCI s’est même classée quatrième chaîne nationale. (Ozap)
Sur BFMTV, entre 17h et 18h45, la tranche au cours de laquelle la chaîne a notamment montré des images du débat a rassemblé 217 000 téléspectateurs, soit 3,5 % de part d’audience. Les horaires n’étant pas strictement identiques, la comparaison doit rester prudente, mais l’écart est spectaculaire. (Ozap)
Surtout, le débat a bouleversé le classement de toute la journée des chaînes d’information. LCI atteint 4,9 % de part d’audience et signe la meilleure journée de son histoire. Elle devance très largement CNews à 3,7 %, BFMTV à 3,3 % et franceinfo à 1,2 %. (Ozap)
Le résultat donne une autre lecture à la bataille autour du signal. LCI n’avait pas négocié une exclusivité symbolique : elle détenait le programme susceptible de faire basculer une journée entière d’audience. Et c’est exactement ce qui s’est produit.
BFMTV pouvait donc parfaitement couvrir le débat, le commenter et enregistrer des images. Mais elle ne disposait pas d’un droit automatique à les diffuser simultanément avec LCI. Une fois le son coupé par le Medef, l’exclusivité a retrouvé tout son sens.
Et au vu des audiences, LCI n’a pas seulement gagné la bataille du signal. Elle a raflé la journée.
L’épisode du Medef n’est finalement que la première manifestation d’une stratégie beaucoup plus ambitieuse. Dans Le Figaro, le directeur de LCI, Guillaume Debré, annonce que la chaîne sera « très offensive » pendant la campagne présidentielle. Après avoir construit une grande partie de son succès récent sur l’international, LCI veut désormais disputer frontalement le terrain politique à BFMTV et CNews. Et avec les 4,9 % de part d’audience obtenus jeudi, la démonstration est déjà spectaculaire.
Article mis à jour le 28/08/26 à 15h50
