Article mis à jour le 26 août à 14h40
Avec 100 % Mabrouk, BFMTV ne s’est pas contentée de recruter une ancienne vedette de CNews. Elle adopte aussi une formule qui rappelle celle de sa rivale : une forte incarnation, deux heures de plateau, des débats, des chroniqueurs aux opinions affirmées et même un titre qui évoque directement les 100 % Politique ou 100 % Frontières de CNews.
Sonia Mabrouk commence à porter chance à BFM
La question était donc posée avant même la première émission : BFMTV peut-elle reprendre les recettes qui ont fait le succès de CNews sans devenir CNews ?
Après seulement deux numéros, cette interrogation n’est déjà plus seulement celle des observateurs. Elle agite désormais la rédaction de BFMTV elle-même.
Ce mercredi 26 août, la Société des journalistes de la chaîne a adressé un message interne pour contester certains choix d’invités de 100 % Mabrouk. Elle dit avoir assisté « avec stupeur » à la présence lundi de Sophie de Menthon, puis mardi de Céline Pina, en rappelant plusieurs déclarations passées de ces deux intervenantes qu’elle juge problématiques. La SDJ prévient surtout qu’il n’est pas question pour BFMTV de devenir une « pâle copie d’une chaîne d’opinion ». (leparisien.fr)
La réaction est d’autant plus significative qu’elle prolonge les réserves exprimées dès l’annonce du recrutement de Sonia Mabrouk en février. La SDJ avait alors rappelé que BFMTV était une « chaîne de faits devant les opinions », fondée sur le journalisme de terrain et un traitement non partisan de l’information.
C’est précisément le point sensible : le débat d’opinions n’est pas en lui-même le problème. La question est celle de la contradiction. Une chaîne peut parfaitement recevoir des personnalités aux positions très marquées. Encore faut-il que leurs affirmations soient confrontées à d’autres points de vue, mises en perspective et, lorsqu’il s’agit de faits, vérifiées par des journalistes.
Sonia Mabrouk promet justement de la « nuance », du « doute » et de la « contradiction ». BFMTV a également annoncé des intervenants de sensibilités très différentes et des duels politiques. Sur le papier, le pluralisme existe donc. Il faudra maintenant observer ce qu’il produit réellement à l’antenne.
Car les audiences, elles, commencent plutôt bien.
Lundi 24 août, 100 % Mabrouk a réuni environ 372 000 téléspectateurs et 2,6 % de PDA. Mardi, le programme a conservé 363 000 téléspectateurs, avec 2,7 % de PDA, devenant ce soir-là leader des chaînes d’information et même des chaînes de la TNT sur sa tranche. BFMTV a également terminé mardi en tête des chaînes info sur l’ensemble de la journée avec 3,4 % de PDA, devant LCI à 2,9 %, CNews à 2,5 % et franceinfo à 1,2 %.
Il faut néanmoins attendre avant de parler de victoire. À partir de jeudi 27 août, Sonia Mabrouk affrontera la grille complète de CNews, avec le retour de Christine Kelly et de Pascal Praud. Le véritable test d’audience commencera alors.
Derrière ce duel se joue aussi la préparation de la présidentielle de 2027. BFMTV veut renforcer l’incarnation et le débat politique dans une période où les chaînes d’information savent que l’audience sera fortement portée par la campagne.
Et le modèle du plateau présente un autre avantage : il coûte beaucoup moins cher que l’information fabriquée sur le terrain. Le mouvement vers davantage de débats et de commentaires peut donc avoir une logique éditoriale, mais aussi économique.
Le paradoxe apparaît ainsi très vite : ce qui peut permettre à BFMTV de reprendre des téléspectateurs à CNews est précisément ce qui inquiète une partie de sa propre rédaction.
Les audiences diront si la stratégie fonctionne. Mais elles ne répondront pas à l’autre question, plus importante pour l’identité de la chaîne : BFMTV peut-elle gagner avec les recettes de CNews tout en restant une chaîne où les faits passent devant les opinions ?
Après deux soirées seulement, le débat n’est déjà plus théorique. Il se déroule désormais à l’intérieur de BFMTV.
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