BFMTV peut-elle copier les recettes de CNews sans devenir CNews ?
À partir de lundi, la question ne sera pas seulement de savoir si Sonia Mabrouk réussira sa rentrée sur BFMTV. Elle sera plus large : jusqu’où BFMTV peut-elle reprendre les recettes qui ont fait le succès de CNews sans finir par lui ressembler ?
BFMTV : 100 % Mabrouk, combien de % CNews ?
Le premier indice est presque trop évident : le nom même de l’émission. 100 % Mabrouk arrive après 100 % Politique et 100 % Frontières sur CNews. Difficile de ne pas voir la parenté, alors même que Sonia Mabrouk vient précisément de quitter cette chaîne. 100 % Frontières et 100 % Politique sont aujourd’hui deux rendez-vous identifiés de CNews.
La ressemblance ne s’arrête pas au titre. BFMTV confie à Sonia Mabrouk deux heures de plateau, du dimanche au jeudi, avec interviews, débats, chroniqueurs et personnalités aux opinions assumées. Elle promet des « opinions tranchées » dans une « conversation saine », tout en revendiquant des thèmes comme la nation, l’identité ou les frontières.
Ce déplacement intervient alors que BFMTV prépare très clairement la présidentielle de 2027. Sa nouvelle grille est présentée comme construite en partie autour de cette échéance et la chaîne lance également le dimanche Le Grand Oral 2027, présenté par Marc Fauvelle et Marie Chantrait avec Jim Jarrassé, rédacteur en chef politique du Figaro.
Autrement dit, 100 % Mabrouk n’est pas seulement une réponse à Pascal Praud. C’est l’un des éléments d’un dispositif beaucoup plus vaste pour installer BFMTV dans les mois de campagne qui s’annoncent.
Il existe aussi un moteur moins visible : l’économie.
Une étude publiée en 2026 par le ministère de la Culture chiffre une émission de plateau entre 2 500 et 4 500 euros, contre 10 000 à 100 000 euros pour un reportage avec terrain. Elle souligne explicitement que les formats de plateau et d’analyse sont moins coûteux que le reportage et que ces arbitrages peuvent être autant économiques qu’éditoriaux.
Le succès du modèle CNews ne tient donc pas seulement à ses thèmes ou à ses personnalités. Il repose aussi sur une télévision très largement fabriquée en studio, avec quelques figures fortes capables d’occuper plusieurs heures d’antenne.
BFMTV prend cependant soin d’afficher une différence. Autour de Sonia Mabrouk sont annoncés des profils politiquement très éloignés les uns des autres. Mais l’argument du « pluralisme » ne suffit pas à distinguer les deux chaînes : CNews revendique elle aussi depuis longtemps la confrontation de toutes les opinions. L’Arcom l’a d’ailleurs mise en demeure en juin 2026 à propos de la diversité effective des opinions exprimées dans certains débats.
La différence se mesurera donc moins dans les déclarations d’intention que dans ce qui apparaîtra réellement à l’écran : la diversité des invités, la place laissée au reportage, la contradiction et la part respective de l’information et du commentaire.
Et surtout dans les audiences.
Si 100 % Mabrouk gagne des téléspectateurs au détriment de CNews sur la tranche 19 h-21 h, le pari de BFMTV pourra être considéré comme réussi. Si elle se contente de récupérer le public qui regardait déjà BFMTV avant ou après cette case, la chaîne aura surtout déplacé son audience sans véritablement reconquérir du terrain.
La vraie question n’est donc peut-être plus de savoir si BFMTV va devenir CNews. Elle est de savoir jusqu’où une chaîne peut adopter les méthodes de son concurrent sans adopter, progressivement, son modèle.
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