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Affaire Bagayoko-RATP : deux plaintes, de vraies contradictions, mais toujours aucune preuve publique d’un emploi fictif

Serge SurpinBy Serge Surpinaoût 12, 2026Aucun commentaire10 Mins Read
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Affaire Bagayoko-RATP : deux plaintes, de vraies contradictions, mais toujours aucune preuve publique d’un emploi fictif
Maison de la RATP à Paris. Photo Fred Romero, Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0.
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L’affaire Bally Bagayoko prend de l’ampleur. En cinq jours, deux plaintes ont été adressées au Parquet national financier, la RATP a publié un démenti détaillé et Le Canard enchaîné a maintenu ses informations en renvoyant à son article initial.

Le dossier soulève de vraies questions sur les conditions de recrutement de certains élus, leurs aménagements horaires et la réalité de leur activité professionnelle. Mais il faut distinguer ces interrogations légitimes de ce qui reste, à ce stade, une accusation non démontrée d’emploi fictif.

Deux plaintes, dont une visant un système présumé

Affaire Bagayoko-RATP : deux plaintes, de vraies contradictions, mais toujours aucune preuve publique d’un emploi fictif

La première plainte a été déposée contre X le vendredi 7 août par l’association AC!! Anti-Corruption. Elle vise nommément Bally Bagayoko, maire LFI de Saint-Denis, et porte notamment sur des soupçons de détournement de fonds publics, d’emploi fictif, de prise illégale d’intérêts, de favoritisme, de manquement à la probité et de cumul irrégulier d’activités publiques.

Une seconde plainte contre X a été déposée le mercredi 12 août. Elle ne concerne plus seulement le cas Bagayoko, mais dénonce un possible « système organisé et structuré d’emplois fictifs » au bénéfice d’environ 200 agents de la RATP exerçant des mandats électifs, « de tout bord politique ».

Cette nouvelle plainte s’appuie sur un second article du Canard enchaîné, intitulé « 200 agents de la RATP sur la bonne voie », mais également sur des publications de Mediapart et de Marianne. Les principaux soupçons évoqués sont le détournement de fonds publics, le favoritisme, le faux et l’usage de faux.

Le terme de « corruption », repris dans certains titres de presse, constitue donc un raccourci. Il ne correspond pas, selon les informations rendues publiques, à l’une des qualifications précisément citées dans les plaintes.

Surtout, une plainte n’est pas une preuve et ne signifie pas qu’une enquête a été ouverte. Au 12 août, le Parquet national financier n’a annoncé ni ouverture d’enquête ni poursuite. L’association demande à la justice de vérifier des soupçons. Elle ne les établit pas.

Ce que dit réellement Le Canard enchaîné

Le premier article du Canard, « Le ticket gagnant de Bagayoko », a été publié dans son édition datée du 5 août. Interrogé sur les contestations apparues depuis, l’hebdomadaire a transmis le fac-similé de ce papier. Il ne fournit donc pas, pour l’instant, de nouveau document ni de réponse détaillée au démenti de la RATP.

L’article affirme qu’avant de devenir maire, Bally Bagayoko cumulait son mandat local avec un poste de cadre à temps plein à la RATP. Il rapporte qu’il était présent du lundi au vendredi à l’hôtel de ville, tout en étant salarié de l’entreprise publique.

La phrase la plus importante concerne son recrutement. Elle est directement attribuée à Jacques Marsaud, alors directeur général adjoint de la RATP, chargé du développement et de la politique de la ville : « Il a été recruté en 2000 sur ma proposition, sans concours ni entretien. »

Ancien secrétaire général de la mairie de Saint-Denis, Jacques Marsaud avait notamment pour mission de renforcer l’ancrage territorial de la Régie et de participer à l’évolution de sa politique de recrutement. Il pouvait donc soutenir ou proposer une candidature, sans que cela signifie nécessairement qu’il décidait seul de l’embauche.

Le Canard commet toutefois une imprécision en le présentant comme « directeur général de la Régie ». Jacques Marsaud était directeur général adjoint. Cette différence n’est pas seulement formelle : il appartenait à la haute direction, mais n’était pas le dirigeant de la RATP.

La RATP contredit la date et l’absence d’entretien

La RATP affirme que Bally Bagayoko a été recruté en 2001, et non en 2000, après avoir passé les entretiens d’embauche puis ceux précédant sa titularisation, comme les autres agents relevant du statut de l’entreprise.

Elle répond également à la formule « sans concours » : il n’existe pas de concours général pour intégrer la RATP, contrairement à la fonction publique, car les agents de la Régie ne sont pas fonctionnaires.

L’absence de concours ne révèle donc aucune faveur particulière. Le véritable désaccord porte sur deux éléments beaucoup plus sérieux : Bagayoko a-t-il été recruté en 2000 ou en 2001, et a-t-il passé les entretiens normalement prévus ?

Les deux dates pourraient éventuellement correspondre à des étapes différentes, comme une proposition de recrutement en 2000 suivie d’une embauche ou d’une titularisation en 2001. Mais cette hypothèse ne peut pas être présentée comme un fait. Seul le dossier individuel de recrutement permettrait de trancher.

Bally Bagayoko affirme également que Jacques Marsaud a ensuite écrit au journaliste pour contester la présentation de son parcours et rectifier ses propos. Une reproduction de cette lettre a été diffusée par l’élu et ses soutiens. Elle n’a cependant pas été authentifiée de manière indépendante ni commentée publiquement par Le Canard.

L’affaire ne se résume donc pas à la parole d’un ancien dirigeant contre la communication de la RATP. Elle comporte trois versions : la citation de Marsaud rapportée par Le Canard, le démenti documenté annoncé par la RATP et la rectification ultérieure attribuée à Marsaud par Bagayoko.

Des horaires « élastiques » assumés par un ancien dirigeant

L’article contient une autre déclaration importante de Jacques Marsaud. L’ancien directeur général adjoint explique que la RATP entretenait une politique de « bonne intelligence » avec les élus salariés. Ceux-ci auraient bénéficié d’« horaires élastiques » et auraient constitué, en contrepartie, de « remarquables agents commerciaux de la RATP » auprès des collectivités.

Cette affirmation mérite d’être examinée sérieusement. Elle suggère l’existence d’une pratique institutionnelle accordant une grande souplesse à certains salariés en raison de leurs mandats et de leurs contacts politiques.

Une telle pratique peut soulever plusieurs questions : ces aménagements étaient-ils formalisés ? Les absences étaient-elles déclarées ? Étaient-elles rémunérées ? Les élus concernés disposaient-ils de fiches de poste précises ? Leur activité était-elle contrôlée comme celle des autres salariés ?

Mais des horaires aménagés ne suffisent pas à caractériser un emploi fictif.

Être élu n’est pas exercer un second emploi public

Une confusion traverse une partie de la polémique : un mandat municipal n’est pas un emploi salarié à temps plein. Un élu local peut conserver son activité professionnelle. La loi lui accorde des autorisations d’absence et des crédits d’heures afin d’exercer son mandat.

La véritable question n’est donc pas de savoir si Bagayoko avait légalement le droit d’être à la fois élu et salarié de la RATP. La réponse est oui. Il faut déterminer si son temps de travail, ses absences et sa rémunération respectaient les règles, et surtout s’il accomplissait une activité réelle pour son employeur.

Or le premier article du Canard ne publie aucun relevé de présence, aucune fiche de poste, aucun bulletin de salaire, aucun décompte d’absences ni aucun document établissant que Bagayoko aurait été rémunéré pendant des périodes où il ne travaillait pas.

Le journal évoque aussi des collègues qui « toussotent » devant son emploi du temps, mais sans les identifier ni reproduire de témoignage précis. Cela nourrit le soupçon sans constituer une démonstration.

Des SMS embarrassants, mais aucun aveu

Le Canard rapporte également des SMS échangés en janvier 2025 entre David Lebon, directeur de cabinet du maire socialiste Mathieu Hanotin, et Sylvain Durand, alors directeur de cabinet de Jean Castex à la RATP.

Dans ces échanges, Bagayoko est présenté comme un salarié « engagé et investi ». Sylvain Durand redoute cependant que d’éventuelles accusations éclaboussent davantage la RATP que le salarié et indique que l’entreprise pourrait répondre vigoureusement.

Ces messages démontrent que la situation de Bagayoko suscitait une inquiétude au sommet de la Régie. Ils révèlent aussi une préoccupation évidente pour l’image de l’entreprise. Mais ils ne constituent pas la reconnaissance d’un emploi fictif. La seule appréciation publiée sur son travail est même positive.

Une hausse de 102 % déjà connue

Le Canard rappelle qu’après la perte de son mandat départemental en 2015, les indemnités municipales de Bally Bagayoko ont augmenté de 102 %. Elles sont passées d’environ 1 577 à 3 183 euros brut par mois.

Cette hausse est réelle et avait provoqué une polémique dès 2015. Elle avait été votée par le conseil municipal de Saint-Denis dans le cadre de l’enveloppe légale réservée aux indemnités des élus. Elle peut être critiquée politiquement, notamment parce qu’elle intervenait après la disparition d’une autre indemnité, mais elle n’était pas clandestine et n’a pas été déclarée illégale.

Le salaire de Bagayoko à la RATP a ensuite dépassé l’équivalent de 6 000 euros par mois, montant confirmé par l’intéressé. Il faut toutefois préciser que cette moyenne intégrait le treizième mois et les primes. Il ne s’agissait donc pas nécessairement de son salaire mensuel de base.

Ces montants alimentent un débat légitime sur l’exemplarité et sur le cumul des revenus. Ils ne prouvent pas que la rémunération de la RATP correspondait à un emploi fictif.

LFI attribue l’article à Frédéric Haziza

La France insoumise attribue cet article à Frédéric Haziza, qui signerait dans Le Canard enchaîné sous le pseudonyme de Camille Eider. Le journaliste travaille également à Radio J, où il anime notamment « Le Forum Radio J », un entretien politique hebdomadaire, ainsi que « Les Enfants de la République ».

Dans ses entretiens avec les responsables de LFI, Frédéric Haziza se montre particulièrement intransigeant. Il ne laisse pas passer les déclarations ou prises de position dans lesquelles il estime déceler une banalisation, une ambiguïté ou une manifestation d’antisémitisme.

Ce positionnement permet de comprendre la relation très conflictuelle entre le journaliste et le mouvement de Jean-Luc Mélenchon. LFI a elle-même accumulé des déclarations et des épisodes ayant provoqué de graves controverses sur son rapport à l’antisémitisme. Le parti ne peut donc pas éluder toute question sur ce sujet en dénonçant uniquement les intentions de ses contradicteurs.

Mais ce contexte ne permet pas de trancher l’affaire Bagayoko. L’intransigeance de Frédéric Haziza envers LFI ne suffit ni à invalider son enquête, ni à la transformer en démonstration. De son côté, LFI ne peut répondre aux interrogations sur le recrutement et l’activité professionnelle de son maire en se contentant de désigner le journaliste.

Ce qui est établi et ce qui ne l’est pas

Plusieurs éléments sont désormais établis : Bagayoko a bénéficié de l’appui direct d’un haut responsable de la RATP lors de son recrutement ; l’entreprise accordait une certaine souplesse à des élus salariés ; sa rémunération était élevée ; sa situation préoccupait la direction de la Régie ; deux plaintes ont été déposées pour demander à la justice de vérifier son cas et un système présumé plus large.

Des contradictions demeurent également sur la date du recrutement et sur l’existence des entretiens d’embauche.

En revanche, aucune pièce rendue publique ne démontre encore que Bally Bagayoko aurait perçu un salaire sans accomplir de travail réel. La proximité politique, le soutien d’un dirigeant, les horaires aménagés et le montant de la rémunération peuvent nourrir un soupçon. Ils ne suffisent pas juridiquement à établir un emploi fictif.

Pour avancer, il faudra examiner les dossiers de recrutement, les fiches de poste, les autorisations d’absence, les relevés d’activité et les rémunérations versées. Le reste relève, pour l’instant, de l’affrontement politique et médiatique.

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