Quand Michèle Cotta et Patrice Duhamel tirent la sonnette d’alarme sur France Télévisions, difficile de les présenter comme de simples observateurs. Ils savent de quoi ils parlent
Patrice Duhamel en a été l’un des principaux dirigeants, chargé notamment des antennes, des programmes et de l’information.
Michèle Cotta a dirigé France 2, présidé Radio France et la Haute Autorité de la communication audiovisuelle.
Lorsqu’ils expliquent dans Le Monde que les nouvelles contraintes budgétaires finiront par toucher directement la création, ils savent donc comment fonctionne la machine.
Et les chiffres renforcent leur avertissement.
En 2026, France Télévisions doit absorber une baisse de 80 millions d’euros de ses dotations publiques sur un budget d’environ 2,37 milliards.
Une partie de cette baisse est même intervenue alors que le budget était déjà adopté.
C’est tout le problème : difficile de tenir une trajectoire, de programmer des productions et de respecter ses engagements lorsque l’actionnaire modifie le financement en cours de route.
Pour 2027, une nouvelle baisse de 47 millions d’euros est annoncée.
Avec le recul attendu de la publicité et d’autres ressources non renouvelables, Delphine Ernotte Cunci chiffre à environ 90 millions d’euros l’effort à absorber.
À ce niveau, les programmes sont forcément concernés. L’investissement dans la création, longtemps autour de 440 millions d’euros, est déjà descendu à 400 millions.
Une nouvelle baisse à 380 millions en 2027 est évoquée.
La fiction a déjà été touchée : environ 13 millions d’euros de réduction, avec plusieurs soirées d’unitaires supprimées.
Derrière ces chiffres, il y a des producteurs, des auteurs, des comédiens, des techniciens, des documentaristes et des studios d’animation.
Cotta et Duhamel ne contestent pas que France Télévisions participe à l’effort budgétaire.
Ils posent une autre question : jusqu’où peut-on maintenir les mêmes missions avec moins de moyens, surtout lorsque les règles changent après le départ ?
Leur formule sur le chômage, qui finirait par coûter plus cher que les économies réalisées, n’est pas démontrée.
Mais le mécanisme qu’ils décrivent, lui, est déjà visible.
On coupe d’abord dans les budgets.
Puis dans les commandes.
Puis dans les œuvres.
On peut demander au service public de tenir la route.
Encore faut-il éviter de lui retirer de l’essence en cours de trajet.
